Revue N°98 - Mai 2026

Edito

Vengeance exponentielle


Meurtrier de son frère Abel, chassé de sa terre par Dieu, Caïn demande à Celui-ci de le protéger : « Mon châtiment est trop lourd à porter ! Je serai un errant et le premier qui me trouvera me tuera. » En mettant un signe protecteur sur Caïn, le Seigneur lui répond : « Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois » (Gn 4,14-15). Et Lamek, descendant de Caïn, dira : « Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois ! » (Gn 4,23-24). 
Cette emphase dans la vengeance ne peut qu’aggraver la violence à chaque génération et conduire l’humanité à son suicide… Pour éviter des cycles exponentiels de vengeance, le Code de Hammurabi, dès 1750 av. J.-C., met en place la loi du talion qui n’autorise la vengeance que proportionnée et strictement réciproque : « Œil pour œil, dent pour dent. » En déclarant la guerre à l’Iran le 28 février, les États-Unis et Israël semblent l’avoir oubliée.
Cette guerre visait officiellement un triple objectif : détruire l’arsenal balistique et nucléaire de l’Iran, affaiblir durablement son régime, l’empêcher d’armer et diriger le terrorisme mondial. D’autres conséquences de la guerre sont intéressantes pour Washington : faire perdre un allié à la Russie (après la Syrie de Bachar al-Assad et le Venezuela de Nicolás Maduro), et à la Chine son premier fournisseur de pétrole. Mais « on peut commencer la guerre quand on veut. On la finit quand on peut », écrivait Nicolas Machiavel au XVIe siècle. Dès que l’on est entré dans une vengeance exponentielle, la violence ne peut plus s’arrêter… Sauf à considérer une troisième logique, celle du Christ : l’amour des ennemis, le pardon. Ce qui demande d’être « miséricordieux comme votre Père céleste est miséricordieux » (Lc 6,36).
Reste à imaginer « un dialogue raisonnable, authentique et responsable », selon l’expression de Léon XIV. Lors de l’angélus du 1er mars, il a lancé aux parties concernées « un appel sincère à assumer la responsabilité morale d’arrêter la spirale de la violence avant qu’elle ne devienne un gouffre irréparable ».
Dans un tel contexte, le beau, le bien et le bon semblent fragiles. Pourtant servir la beauté, comme nous le propose le dossier de ce numéro, c’est déjà faire preuve d’une forme de résistance.

Claire Lesegretain
redaction@viechretienne.fr

 

Dans la banlieue sud de Beyrouth (Liban) le 6 mars dernier, des Libanais inspectent les destructions dues à des frappes aériennes israéliennes.
© UPI / Alamy images

 

Téléchargez le sommaire

La revue sera disponible en téléchargement à partir du 01/06/2026

Repères ignatiens / Repères ecclésiaux

Le produit a été ajouté au panier

Voir mon panier

Le produit a été ajouté au panier

Voir mon panier