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Les maires en première ligne

Dans le contexte actuel si difficile, tant à l’international que dans l’Hexagone, les élections municipales des 15 et 22 mars seront un test grandeur nature de notre attachement collectif à la démocratie. 

Les 15 et 22 mars prochains, nos concitoyens éliront leurs conseillers municipaux, qui désigneront à leur tour leur maire. Pris dans le maelström de la politique nationale, inquiets de relations internationales gravement déréglées, ils ne s’intéressent guère, pour l’instant, à cet important rendez-vous démocratique. Il le faudra, pourtant, tant les défis qui devront être relevés à l’échelon local sont nombreux et cruciaux : transition écologique, relance de la démographie, éducation de la jeunesse, crise du logement, solidarité et vivre-ensemble… ; enfin, confiance des Français envers la démocratie.

Nous vivons une période marquée, profondément et peut-être durablement, par la crise. Celle-ci se déploie à plusieurs niveaux. C’est, d’une part, le retour de la guerre sur le continent européen après quatre-vingts ans de paix, qui, hélas ! renvoie au deuxième rang l’enjeu, vital au sens propre, du changement climatique. C’est, d’autre part, une crise de la vie quotidienne : une perte des repères qui aident à vivre sereinement en société, une inquiétude de moins en moins sourde quant à la pérennité de notre modèle économique et social, une dette abyssale incontrôlée, l’« archipélisation » de notre société et de sa représentation politique.
Dans cette ambiance délétère, nos concitoyens attendent de leurs représentants qu’ils les rassurent sur leur avenir, mais aussi proposent des solutions rapides, pragmatiques et parfois de simple bon sens, à leurs difficultés quotidiennes : emploi, sécurité, logement, santé, mobilités…

Mais l’analyse prime sur l’action. La décision publique est corsetée, retardée ou inopérante en raison d’une complexité juridique et administrative devenue absconse. Elle est portée par des élus nationaux dont les positionnements reflètent davantage des intérêts personnels ou des enjeux électoraux à venir que la recherche du bien commun, de l’intérêt général et de l’effort juste et collectif. Alors, nos concitoyens se recroquevillent dans leur sphère individuelle et locale. C’est ce qui explique que le désamour des Français pour les élus nationaux ne touche pas (encore) leurs représentants locaux. Ils en attendent même beaucoup, parfois très au-delà des marges juridiques et financières dont ces élus de terrain disposent et de leur force psychologique pour porter à eux seuls tous les maux et les angoisses de notre société.
Si les élus locaux sont évidemment fiers de cette confiance, ils sont aussi mal préparés, peu accompagnés et insuffisamment reconnus institutionnellement et matériellement pour assumer cette charge croissante de responsabilités que leurs concitoyens exigent – parfois avec violence – qu’ils portent.

2 200 maires ont rendu leur écharpe tricolore

La France compte 34 955 communes parmi lesquelles 93 % ont moins de 5 000 habitants¹. Or, plus la commune est petite, moins les élus ont d’agents à leurs côtés pour assumer leurs missions. Ils se chargent donc eux-mêmes, au sacrifice de leur vie familiale et professionnelle, de faire vivre le service public de proximité. Phénomène inédit : depuis 2020, 2 200 maires ont rendu leur écharpe tricolore, d’autres, nombreux, renonceront à briguer un nouveau mandat. Ce mal-être des porteurs de la démocratie de proximité, dernier lieu de confiance des citoyens, est un signal d’alarme pour la Démocratie avec un grand D. Les prochaines élections municipales et le taux de participation des électeurs seront un test grandeur nature de notre attachement collectif à ce bien si précieux, pour la défense duquel des femmes et des hommes sont emprisonnés, torturés ou assassinés chaque jour dans le monde.
Voter aux élections municipales, c’est choisir des femmes et des hommes de confiance. Confiance dans leur honnêteté intellectuelle et matérielle, dans leur capacité à comprendre les enjeux et à y répondre avec bon sens et avec le souci permanent de la justice.

Confiance dans le sérieux de leur gestion de deniers publics devenus plus coûteux pour chacun. Voter, c’est aussi pouvoir désigner des personnes avec lesquelles vous pourrez avoir un contact personnel pour partager vos points de vue et contrôler in concreto leur action. L’enjeu des prochaines élections, c’est aussi de faire une plus large place à toutes les composantes de la population, en particulier aux plus jeunes et aux plus fragiles : on ne saurait décider d’un avenir aux défis grandissants sans les associer aux décisions.


Au plan institutionnel, si on ne veut pas entraîner dans la disgrâce populaire la démocratie et l’action locales, il est urgent que le futur président de la République, le gouvernement et le Parlement clarifient enfin les compétences entre un État central surdimensionné et une sédimentation de collectivités territoriales (le fameux « mille-feuilles »), parfois concurrentes et sûrement en surnombre. On ne peut adhérer à un système institutionnel qu’on ne comprend plus, ni le respecter. 
Enfin, les élus locaux, maires, adjoints et conseillers, s’ils incarnent le service public, ses principes et ses exigences, n’en sont pas moins des femmes et des hommes, des pères et des mères de famille, des salariés et des chefs d’entreprise. Dans l’exercice de leurs fonctions, ils doivent pouvoir trouver un équilibre de vie, préserver leur intimité et le temps nécessaire pour discerner avant d’agir. C’est pourquoi la loi sur le statut des élus votée à l’automne dernier est un premier pas bienvenu, mais insuffisant. Il est temps de reconnaître qu’être maire d’une commune, quelle que soit sa taille, nécessite de la disponibilité et du professionnalisme, une formation adaptée et une rémunération digne de ce nom. Si on ne prend pas soin des élus, aidants par excellence, dont la mission est justement de prendre soin des autres, alors la désaffection déjà constatée au cours du présent mandat ne cessera de croître et de mettre en danger la particule élémentaire de notre démocratie.

Guillaume Boudy,
CVX Paris-Nanterre-Grande-Arche


¹ Voir l’étude Observatoire de la démocratie de proximité AMF-Cevipof/Sciences Po Les démissions de maires : enquête sur un phénomène sans précédent (juin 2025).

Maire Horizons de Suresnes (Hauts-de-Seine) depuis 2020, Guillaume Boudy, 61 ans, est vice-président du conseil départemental des Hauts-de-Seine depuis 2021, chargé de la Commande publique et de l’évaluation des politiques publiques. Il est aussi conseiller maître de la Cour des comptes. Il est marié et père de quatre enfants.


Le Congrès annuel de l’Association des maires de France, en novembre 2025, a battu des records de participation avec plus de 13 000 congressistes.
© AMF

 
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