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Ecole de prière - Revue N°97 - Mars 2026
La prière contemplative selon Franz Jalics
Comment aller plus profondément encore dans la contemplation, sur la base des recommandations de saint Ignace ? La prière avec le nom de Jésus, développée par le jésuite hongrois Franz Jalics, est une approche riche et féconde.
Quand je me suis inscrit pour la première fois à huit jours de retraite silencieuse centrée sur le nom de Jésus, mon désir profond était de prier moins « avec la tête » et davantage « avec le cœur ». Des années d’Exercices ignatiens m’avaient révélé mon goût et une certaine facilité à prier en fin de journée avec les cinq sens spirituels¹. Cela m’apportait une belle qualité de présence à la scène évangélique et, souvent, la paix intérieure. La méthode du père Franz Jalics, jésuite hongrois ayant fait l’expérience de l’internement et de la torture sous la dictature militaire en Argentine², m’est apparue comme reprenant ce fil pour aller plus loin.
En fait, la prière contemplative avec le nom de Jésus selon l’approche du P. Jalics pourrait se définir comme une extension à tout l’exercice priant de la 3e annotation de saint Ignace dans les Exercices spirituels (n. 75) : « À un ou deux pas de l’endroit où je dois contempler ou méditer, je me tiendrai debout, le temps d’un Pater noster, l’esprit tourné vers le haut, considérant comment Dieu notre Seigneur me regarde […] ; puis faire une révérence ou une génuflexion. »
Rester présent à cette présence de Dieu
En effet, cette mise en présence de Dieu reste constante tout au long du temps de prière imaginé par le père Jalics. Plutôt que de la laisser de côté après une minute ou deux pour passer au corps de la prière – méditation ou contemplation –, le priant se trouve invité à rester présent à cette présence permanente de Dieu.S’il doit ne plus bouger corporellement, habiter tout son corps de manière consciente, puis être attentif aux paumes de ses mains et suivre le rythme de sa respiration, c’est en vue de prononcer dans le secret de son cœur le nom de Jésus Christ. Il le reprendra aussi souvent ou peu souvent que cela lui paraîtra bon, avec attention, discernement et une douceur teintée de respect. C’est une forme d’adoration, où beaucoup d’attention est mise à rester présent au mystère du Seigneur qui est proche de nous et nous appelle ses « amis » (Jn 15,15).
L’entrée dans cette forme de prière n’est ni plus aisée ni plus difficile que pour toute autre ! La volonté de tout contrôler, les distractions, la fuite dans les pensées, l’aridité intérieure peuvent y survenir tout aussi bien. Comme pour toute prière, et ici de manière explicite et prioritaire, l’objectif est de s’ouvrir à la présence du Christ en nous et autour de nous, et d’y demeurer. La grande part accordée à la dimension corporelle y aide beaucoup, l’insistance aussi à apprendre toujours davantage à percevoir et accueillir avec tous ses sens ce qui vit et se donne à vivre intérieurement. Une voie plus passive, donc, mais impossible sans une intense activité d’attention et de vigilance par rapport à tout ce qui distrait, et une volonté ferme de se centrer sur Jésus, avec sa grâce.
On pourrait objecter que ce type de prière éloigne de la parole de Dieu et des paroles mêmes de Jésus. C’est une crainte que j’avais en reprenant la contemplation avec le nom de Jésus dans ma vie de tous les jours. Crainte sans fondement, car rester présent longuement à Jésus, la Parole incarnée, Dieu fait homme, et Le désirer de tout son cœur prépare à recevoir ses paroles, faits et gestes dans l’Écriture comme des graines sur une terre labourée, nettoyée de ses ronces, pierres ou obstacles peu profonds. C’est comme si la familiarité avec Jésus dans la contemplation, sans grands mots, rendait plus réceptif et permettait de comprendre avec plus de profondeur le message des Évangiles.
D’aucuns voient la contemplation avec le nom de Jésus comme une forme de prière qui tend à l’union mystique avec le Christ. Il me semble qu’elle est à situer plutôt du côté de « l’être-avec Jésus », que saint Marc voit comme première tâche assignée aux apôtres : « Il en institua douze pour qu’ils soient avec Lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3,14). En effet, les directives de Franz Jalics invitent le priant à rester simplement là, présent à Celui qui est toujours présent et proche de nous. Un acte existentiel, en somme, où le priant renonce à toute activité, mentale, psychique ou affective, pour être seulement présent à Jésus, parole de Dieu faite chair. Un exercice où, d’une certaine manière, le chrétien répond à sa vocation d’être humain, créé à l’image et à la ressemblance d’un Dieu qui est fondamentalement « Celui qui est », le premier nom qu’il révèle à Moïse (Ex 3,14).
Renoncement
Dans le renoncement à toute activité de l’intellect, de la mémoire ou de la volonté, dans le dépouillement d’une position corporelle statique, le retraitant « se laisse être », sans autre prétention. En prononçant régulièrement « le Nom qui est au-dessus de tout nom » (Ph 2,9), il oriente son « être là » vers un « être avec » Jésus Christ, une attitude qui devrait être celle de toute mission à la suite du Christ. La contemplation avec le nom de Jésus apparaît donc éminemment apostolique et évangélisatrice ! Elle ne vise pas d’abord le bien-être du méditant, mais à vivre consciemment en présence de Jésus qui nous accompagne sur tous nos chemins. La prière du P. Jalics amène ainsi à exercer la contemplation pour devenir davantage contemplatif dans l’action.Josy Birsens sj
¹ Pratique préconisée par saint Ignace dans les Exercices spirituels (notamment n. 121 à 126) consistant, pour méditer un sujet spirituel, à imaginer les sensations que nos cinq sens pourraient nous en transmettre.
² En 1976 à Buenos Aires, Franz Jalics (1927-2021) a survécu à une détention de cinq mois.
³ Lire, de Franz Jalics, Ouverture à la contemplation. Introduction à l’attitude contemplative et à la prière de Jésus, Desclée de Brouwer, coll. Christus, 2002.
Luxembourgeois, Josy Birsens est l’actuel assistant national de CVX en Belgique francophone. Il est aussi responsable spirituel du Centre ignatien de La Pairelle, près de Namur (Belgique) et membre du conseil éditorial de RVX.

Devant le Christ en croix au monastère Santo Toribio, à Liebana (Espagne).
© Fred de Noyelle / Godong
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