Impression Envoyer à un ami
Ecole de prière - Revue N°96 - Janvier 2026

Garder l’espérance, quoi qu’il arrive

L’année jubilaire sur l’espérance s’est achevé le 6 janvier. Mais l’invitation à rester dans l’espérance est de tout temps, car elle est inséparable de toute la vie chrétienne.

En cette période de crises internationales, il est nécessaire de choisir l’espérance comme on choisit la vie. Si le mal se manifeste sous de nombreuses formes (individualisme, racisme, abus…), on constate aussi de multiples manifestations de solidarité, de patience, de bienveillance… S’émerveiller du bien, du bon, du beau, est une grâce à cultiver. L’espérance est un don de Dieu qu’il faut oser demander.
Ne pas céder au découragement, qui est le meilleur outil du diable, c’est un véritable combat spirituel. « Dans mon âme, deux loups se confrontent, racontait un vieil homme. L’un d’eux est méchant: il représente la peur, la colère, l’envie, la peine, les regrets, l’avidité, l’apitoiement, les ressentiments, le mensonge, la compétition, l’orgueil… L’autre est bon: il est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, le partage, la générosité, la vérité, la compassion, la confiance… La même bataille se joue en chacun de nous. » On lui demanda : « Quel loup va gagner? » L’homme répondit : « Celui que tu nourris. » Il nous appartient de ne pas « nourrir » en nous le « méchant loup », mais plutôt le « bon loup ». De prêter attention au bien présent dans le monde pour « ne pas tomber dans la tentation de se considérer dépassé par le mal et par la violence », soulignait le pape François (bulle d’indiction de l’année jubilaire 2025 Spes non confundit, no 7), qui précisait : « L’espérance est contenue dans le cœur de chaque personne comme un désir et une attente du bien, bien que ne sachant pas de quoi demain sera fait » (n° 1).
La plupart des religions cultivent la faculté d’espérer. Pour le bouddhisme, chaque être humain possède le pouvoir de garder espoir, quelles que soient les difficultés. Mais le propre de l’espérance chrétienne est d’être fondée sur une Alliance éternelle entre Dieu et l’humanité. Une promesse répétée tout au long de la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse : « Le sang de l’Alliance, qui va être répandu sur une multitude » (Mc 14,24) ; « Je vous prendrai près de moi, afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,3) ; « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Mt 28,20) ; « L’espérance ne déçoit pas » (Rm 5,5) ; « J’en ai la certitude : […] rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,38-39) ; « Ayez la joie de l’espérance, tenez bon dans l’épreuve » (Rm 12,12) ; « Cette espérance est pour nous comme une ancre de l’âme, bien fermement fixée » (He 6,18-19)… L’espérance n’est donc pas seulement d’ordre eschatologique, pour après la mort, mais se vit au présent de nos vies. Parce que, lors de notre baptême, nous avons été plongés dans la mort et la Résurrection de Jésus, nous avons la certitude qu’Il est présent en permanence dans le monde et qu’Il nous donne sa force.

L’espérance vient du cœur profond
Le jésuite Paul Valadier¹ distingue espérance et espoir, nuance propre au français (dans d’autres langues, il n’y a qu’un mot : hope en anglais, elpis en grec, spes en latin ; et en espagnol esperar veut dire aussi attendre). L’espoir vient de l’extérieur et repose sur la raison et la volonté humaines. Il porte sur une attente concrète, déterminée, sans garantie de résultats (réussir à un examen, guérir…). L’espérance, elle, vient du cœur profond ; elle porte sur le sens de notre vie. C’est une vertu théologale, un don venant de Dieu du fait de sa promesse d’Alliance éternelle. Mais la différence n’est pas toujours simple à établir, ces deux réalités étant liées l’une à l’autre ; les espoirs peuvent être déçus sans pour autant ruiner l’espérance d’une vie belle et bonne. Paul Valadier rappelle d’ailleurs combien c’est dans l’épreuve, voire la traversée du désespoir, que se manifeste la force de l’espérance.

Au-delà des grandes épreuves annoncées
Dans la Bible, nombreux sont les témoins d’espérance : Abraham qui « a cru contre toute espérance » (Rm 4,18) ; les prophètes ; la Vierge Marie qui est restée debout « au pied de la Croix » (Jn 19,25) ; le Bon Larron crucifié qui entend Jésus lui dire : « Aujourd’hui tu seras dans le Royaume avec moi » (Lc 23,43). Sans oublier l’Apocalypse qui est un vrai message d’espérance, au-delà des grandes épreuves annoncées.
Nous sommes impressionnés par les témoins qui savent garder l’espérance dans des conditions difficiles et douloureuses, comme la mystique juive Etty Hillesum dans le camp de transit nazi de Westerbork ou le Sud-Africain Nelson Mandela pendant ses vingt-sept années d’emprisonnement. Leur foi est devenue le soutien de leur espérance. On peut considérer que l’espérance est une spiritualité de l’épreuve. Et que l’épreuve est un peu le fondement de l’espérance.
Face à une réalité difficile, il ne s’agit donc pas d’être optimiste ou pessimiste, mais de reconnaître le mal qui existe en sachant qu’il n’aura pas le dernier mot. L’espérance est l’antidote du désespoir, auquel le baptisé se doit de résister. Depuis la résurrection du Christ, nous savons que la vie est plus forte que la mort, que le bien pèse plus que le mal. Et que l’on peut regarder l’avenir avec espérance.

Marie-José Bugugnani,
CVX Yvelines-Nord

¹ In Ce qui nous fait tenir en temps d’incertitude. L’espérance vive, éd. Mame (2021).
Ancienne biologiste des hôpitaux, Marie-José Bugugnani est consacrée dans l’Ordre des vierges. Avec le jésuite Jean-Luc Fabre, elle a longtemps été responsable de la formation des accompagnateurs de communautés locales.


Le pape François a choisi Pèlerins de l’Espérance comme thème du Jubilé 2025 qui s’achève le 6 janvier, fête de l’Épiphanie.
© Rednguyen / Alamy Images
 
Télécharger la revue n° 93 gratuitement
La revue n° 93 sera disponible dans votre dossier Téléchargements
Pour télécharger une autre revue, cliquez sur l'image de la revue souhaitée ci-dessous.

Le produit a été ajouté au panier

Voir mon panier