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Témoignages - Revue N°97 - Mars 2026
François, un pape en colère
Bon connaisseur du pape François, l’ancien journaliste Michel Cool revient sur ses accès de colère. Ils contribuèrent à faire reconnaître le courage et la liberté du pape argentin, mais lui valurent aussi de nombreuses oppositions.Le pape François a bousculé l’Église catholique par son style spontané, son langage accessible et ses déclarations chocs. Il a aussi surpris par ses accès de colère. Ces moments ont souvent été médiatisés. Et ils nous interrogent aujourd’hui encore : que révèlent-ils de sa personnalité, de sa spiritualité et de sa conception du ministère papal ? Sont-ils des signes de faiblesse discutables ? Sont-ils, plus simplement, le reflet de l’humanité de Jorge Mario Bergoglio ?
Sa colère homérique contre les dignitaires de la curie romaine est gravée dans les esprits. Lors de la présentation de ses vœux en 2014¹, il leur diagnostiqua quinze pathologies allant de « l’Alzheimer spirituel » au « terrorisme des ragots », en passant par « la schizophrénie existentielle ». En vidant son sac devant une administration qu’il appréciait peu, François parvint à mettre les rieurs et un pan de l’opinion dans sa poche. Mais ce faisant, il se mit à dos, pour toute la durée de son pontificat, des fonctionnaires qui, humiliés et remontés, ne cessèrent de lui mettre des bâtons dans les roues. Résultat : la réforme de la curie est restée inaboutie².
Ce manque de charisme diplomatique lui fut aussi reproché quand, dans son combat contre le cléricalisme, il compara certains prêtres à des « chiens qui mordent » ; quand pour dénoncer le carriérisme et le train de vie dispendieux de certains prélats, il stigmatisa les « évêques d’aéroport » ; quand il caricatura les adversaires de ses réformes en « pharisiens », et assimila les fondamentalistes de toutes les religions à des « terroristes ». Dans sa bouche, les mots pouvaient dépasser sa pensée. Il s’en excusait parfois après coup. Mais pas toujours.
Le « parler vrai » de François pour dénoncer l’indifférence et l’exclusion frappant les migrants, la tyrannie de « l’argent qui tue » ou les crimes de la mafia lui valut beaucoup de popularité, en particulier en dehors de l’Église, car il exprimait une forme de courage, d’impertinence et de liberté inaccoutumés dans les sphères dirigeantes. Mais cette parrhésie³, qu’il interprétait comme un don de l’Esprit Saint, et qui le faisait parfois sortir de ses gonds, lui valut aussi d’être mis en procès par ses opposants qui lui reprochaient une gouvernance jugée autocratique et populiste.
À travers les colères bergogliennes se pose, au fond, la question de l’incarnation du successeur de Pierre : car celui qui est appelé à guider l’Église demeure humain. La dépersonnalisation du pape a pu servir jadis de mythe à la papauté. À l’heure présente, sous l’œil permanent et parfois intrusif des médias, cette fiction ne tient plus debout. Avec fracas, peut-être, François a démystifié la papauté en la rendant plus humaine. « L’Église a besoin de témoins, pas de fonctionnaires », disait feu le cardinal Carlo Maria Martini, jésuite et ancien archevêque de Milan. Avec ses coups de colère, mais aussi ses élans de tendresse, François a été le prototype d’un pape délaissant ses mules de cuir rouge pour rechausser des sandales de témoin.
Michel Cool
¹ Les vœux du pape François du 22 décembre 2014
² Lire, de Michel Cool, François l’anticonformiste. Bilan du pontificat qui a bousculé l’Église, Emmanuel/Salvator, 2025.
³ Du grec parrhèsia, « liberté de parole ».
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Pendant ses vœux du 22 décembre 2014, le pape François a dressé la liste des « maladies » de la curie romaine.
© Independent Photo Agency Srl Alamy Images
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