Impression Envoyer à un ami
Air du temps - Revue N°98 - Mai 2026

Des réalisateurs de plus en plus engagés

Le 79e Festival de Cannes, du 12 au 23 mai, présente un nombre conséquent de films traitant de migrants et de frontières, de dérèglement climatique et de violences, de dictatures et de corruption… Un rôle du cinéma ?

Par essence, le cinéma convoque le politique. Et les grands festivals de Cannes, de Berlin ou de Venise sont des lieux éminemment politiques. Les comités de sélection valorisent les films qui interrogent le monde ou tentent d’éclairer l’histoire. Ils s’intéressent au cinéma d’auteur qui favorise la libre expression, les utopies, les espoirs et les luttes. Ils donnent leur chance aux réalisateurs du monde entier.
Qu’ils choisissent le documentaire ou la fiction, le drame ou la comédie, la plupart des réalisateurs invitent à rejoindre et à comprendre leurs personnages, renvoyant ainsi les spectateurs à leurs propres vies. « Le cinéma, laboratoire d’espérance, est un lieu où l’homme peut revenir sur lui-même et son destin, les encourage le pape Léon XIV¹. Un lieu de rencontre, un refuge pour les chercheurs de sens, un langage de paix. À travers vos œuvres, vous vous adressez à ceux qui recherchent la légèreté, mais aussi à ceux qui nourrissent en eux une inquiétude, une quête de sens, de justice, de beauté. »

En distinguant la signification de l’engagement politique, on peut classer les films en trois grandes catégories². Il y a d’abord les films idéologiques qui expriment une vision du monde, qu’elle soit religieuse, altermondialiste, révolutionnaire, nationaliste, libérale… Ces films étaient majoritaires dans les années 1960 avec des réalisateurs à la fois idéologues et visionnaires. Qu’il s’agisse de la Nouvelle Vague (François Truffaut a été récompensé en 1959 pour Les quatre cents coups) ou du cinéma italien (en 1960, Federico Fellini provoqua un scandale dans les milieux catholiques avec La dolce vita), ou encore du cinéma latino-américain… : tous ces films étaient engagés. Dans la période post-1968, le cinéma est devenu plus radical pour dénoncer la guerre du Vietnam, les dictatures latino-américaines, les mémoires coloniales… Quelques palmes à Cannes symbolisent cela : Martin Scorsese avec Taxi driver (1976) mettait en scène un vétéran de la guerre du Vietnam devenu chauffeur de taxi à New York ; Costa-Gavras avec Missing (1982) racontait l’histoire d’un journaliste disparu lors du coup d’État au Chili de 1973 ; Michael Moore avec Fahrenheit 9/11 (2004) dressait un réquisitoire sévère contre le président américain d’alors, George W. Bush. 
Il y a ensuite les films sociétaux qui tentent de montrer, et donc de dénoncer, les inégalités, les discriminations, les injustices, les défaillances de l’aide sociale… On pense bien sûr à Ken Loach, six fois primé à Cannes, notamment en 2006 pour Le vent se lève (Palme d’or) et en 2016 pour Moi, Daniel Blake. On pense encore aux frères Luc et Jean-Pierre Dardenne (prix du Scénario en 2025 pour Jeunes mères et en 2008 pour Le silence de Lorna). Mais on peut aussi ranger dans cette catégorie les films de Stéphane Brizé (La loi du marché, prix d’Interprétation masculine 2015, ou En guerre, sélectionné en 2018), de Dominik Moll (Dossier 137 en 2025), et de Laurent Cantet (Entre les murs, Palme d’or 2008, ou L’atelier, présenté en 2017).
 

Satire féroce

D’autres réalisateurs dans cette catégorie, primés ou non à Cannes, sont tout autant incontournables, même s’ils sont moins connus. Certains tentent de mettre en avant les solidarités et l’entraide entre victimes ; d’autres interrogent les engagements personnels. Parmi eux, plusieurs réalisateurs américains osent la satire féroce de l’Amérique sous la présidence Trump, tels Ari Aster avec son western politique Eddington (2025) ou Wes Anderson avec son film déjanté The phoenician scheme (2025). 
Il y a enfin les films qui s’attachent à montrer le fonctionnement des institutions étatiques, des élections, de la démocratie, de la censure… Ils parlent de pouvoir, de gouvernance, de conflits d’État, en revisitant parfois une période difficile de l’histoire pour interroger la période actuelle. L’an dernier à Cannes, plusieurs films de ce genre ont été récompensés : le film allemand de Mascha Schilinski Les échos du passé, qui évoque quatre générations dans une même ferme en Allemagne de 1910 à 2020 ; le film brésilien de Kleber Mendonça Filho L’agent secret, qui se situe dans les années 1970 mais parle du Brésil sous Jair Bolsonaro ; le film irakien de Hasan Hadi Le gâteau du président, qui raconte l’Irak sous Saddam Hussein.
En parcourant les sélections de ces dernières années, aucune catégorie ne semble plus représentée qu’une autre. Mais, depuis quelques années, on constate que le ton change : les films d’opposition, voire de résistance, abordent la politique de manière plus frontale, sans être pour autant des films militants, et ils sont de plus en plus nombreux.
Le Festival de Cannes apporte à ces réalisateurs une résonance mondiale. De leur côté les spectateurs, qui savent que réaliser de tels films est réellement dangereux, n’hésitent pas à se lever à la fin de la séance et à applaudir. Ainsi, nous devenons témoins et acteurs dans le combat que mènent ces réalisateurs qui, pour certains d’entre eux, sont interdits de séjour dans leur pays ou condamnés par contumace, ou même carrément emprisonnés.

Diane Falque, CVX Bourgogne

Une sélection 2026 audacieuse
Parmi les 21 films prétendant
à la Palme d’or 2026 à Cannes,
près de la moitié étaient des films
politiquement engagés, notamment
Fjord,
du Roumain Cristian Mungiu.
Fatherland,
du Polonais Pawel Pawlikowski.

La bola negra,
des Espagnols Javier Ambrossi
et Javier Calvo.

L’aventure rêvée,
de l’Allemande Valeska Grisebach.


¹ Rencontre à Rome avec le monde du cinéma, le 15 novembre 2025
² Lire dans Christus n° 289 (décembre 2025) l’article de Geneviève Roux, xavière à l’origine des retraites Cinéma.
³ Les retraites Cinéma sont un bon moyen d’intégrer les films à une démarche spirituelle.

Prochaines dates :

- Foyer de Charité de Roquefort-les-Pins (Alpes-Maritimes) du 9 au 15 novembre ;
- Centre dePenboch (Morbihan) du 23 au 29 novembre ;
- Abbaye Saint-Jacut-de-la-Mer (Côtes-d’Armor) du 1er au6 février 2027 ;
- Centre du Haumont (Nord) du 21 au 26 février 2027.

Membre de Signis Cinéma (organisation de jurys œcuméniques dans les festivals de films), Diane Falque anime des retraites Cinéma et participe à divers jurys œcuméniques.


Le 17 mai 2022, à l’ouverture du 75e Festival de Cannes, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’adresse aux festivaliers en visioconférence, depuis son bureau de Kiev, en Ukraine.
© Ukraine Presidents Office / Alamy images
 
Télécharger la revue n° 93 gratuitement
La revue n° 93 sera disponible dans votre dossier Téléchargements
Pour télécharger une autre revue, cliquez sur l'image de la revue souhaitée ci-dessous.

Le produit a été ajouté au panier

Voir mon panier