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Prier avec tout son être, donc avec son corps

Pour mieux nous tourner vers le Seigneur dans la prière, il est bon de prendre conscience de notre corps : c’est avec lui aussi que nous sommes appelés à exprimer l’ouverture, la confiance et l’abandon en Dieu.

Pour mieux nous tourner vers le Seigneur dans la prière, il est bon de prendre conscience de notre corps : c’est avec lui aussi que nous sommes appelés à exprimer l’ouverture, la confiance et l’abandon en Dieu.

Nous ne sommes pas des anges, nous avons un corps ; vouloir faire de nous des anges tandis que nous sommes sur terre, c’est absurde », écrivait Thérèse d’Avila¹. En ce sens, prier avec son corps apparaît comme une évidence. Au cours d’une prière à haute voix, nos cordes vocales, notre respiration, nos muscles se mobilisent. Des gestes peuvent s’ajouter et traduire une disposition intérieure. Mais quelle place laisser à notre corps lorsque nous prions en silence, dans l’immobilité ?
Évoquer l’importance du corps dans la prière silencieuse, c’est tenir compte de ce que nous savons de notre vie mentale. Jésus Lui-même disait de la prière : « Quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, retire sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ; et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra » (Mt 6,6). Cette invitation à se retirer du monde pour prier, à rentrer en soi pour aller à la rencontre de Dieu, suppose de réserver une place au corps. L’intériorisation et la présence à Dieu commencent par la présence au corps, qui favorise l’apaisement de l’activité mentale.
 

Une disposition intérieure d’accueil

Mais comment se faire présent à son corps ? Il s’agit d’abord de se mettre dans une disposition intérieure d’accueil : prendre conscience de mes sensations visuelles, olfactives, auditives ; puis rendre grâce pour tout ce qui me constitue, tout ce qui est don de Dieu. À partir de mes sensations kinesthésiques, je visite mentalement mon corps, de l’extérieur comme de l’intérieur, des pieds à la tête : cela aide à quitter le tumulte des pensées. Je suis alors prêt(e) à me tourner vers la présence de Dieu en moi. Dans le silence, la conscience du corps favorise le recul des pensées parasites pour que j’accueille Dieu et Le laisse investir tout mon être, tel(le) que je suis, à ce moment précis. Je suis présent(e) à sa Présence.
Debout ou assis(e) sur une chaise, un banc de prière, je commence par prendre conscience de mes points d’appui : j’accueille le contact de mes pieds avec le sol, symbole de mon ancrage dans la réalité du monde ; je prends conscience du poids de mon corps ; je laisse ma colonne vertébrale se redresser, ma nuque s’étirer vers le haut ; mes épaules se détendent, tout comme mes bras et mon visage ; mes mains sont ouvertes, posées sur mes cuisses quand je suis assis(e).
 

Consciemment

En accueillant ma respiration, je reçois avec gratitude la vie donnée par Dieu : je fais attention à l’air qui entre dans mes narines, aux mouvements de ma cage thoracique qui se gonfle vers l’avant, dans le dos et sur les côtés ; je perçois les allées et venues de ma sangle abdominale sur l’inspiration et l’expiration. L’ouverture vécue consciemment dans le corps ouvre tout mon être à Dieu. Même au milieu de nombreuses personnes dans un magasin, un bus, une file d’attente, je peux, à partir de mon corps, me tourner intérieurement vers Lui et répondre à l’invitation de Jésus : « Demeurez en moi comme moi en vous » (Jn 15,4).
Jésus appelle aussi à la confiance en Dieu lorsque nous prions : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez déjà reçu et cela vous sera accordé » (Mc 11,24). Les interactions entre le psychisme et le corps sont réciproques : être en confiance s’exprime par une détente du corps. Ainsi, dire au Seigneur : « J’ai confiance en Toi, je m’abandonne en Toi » n’est pas possible avec des muscles crispés qui gênent la respiration. Il y aurait un manque de cohérence entre le dire et le faire. L’abandon ne peut se vivre seulement dans la tête, il doit se traduire dans le corps en révélant ce que je vis en vérité dans mon psychisme.
Si la détente musculaire est difficile, il peut être utile d’identifier mes émotions, mes pensées… Puis, à l’école de Thérèse de l’Enfant-Jésus, je peux me remettre humblement entre les mains du Seigneur avec mes tensions et ce qu’elles signifient. Je peux lui demander d’habiter ma pauvreté, de me guérir, d’unifier tout mon être – corps, âme et esprit – en Lui. Alors demeurant en silence, je laisse Dieu être Dieu en moi.
Au groupe d’oraison paroissial, nous prions d’abord debout à partir de quelques gestes d’ouverture conscients, puis assis dans l’immobilité. À chacun de repérer ce qui l’aide à entrer dans la prière et traduit sa disposition intérieure d’ouverture, de confiance et d’abandon à Dieu, sans s’avachir ni vouloir adopter de force une posture jugée idéale, mais inconfortable. En bonne santé ou malades, nous présentons au Seigneur ce que nous vivons dans notre corps, notre affectivité, nos pensées, afin qu’Il demeure en nous et nous transforme. 

Il s’agit d’une ouverture confiante, d’une offrande de tout notre être, de notre vécu, comme Jésus s’est offert au Père sur la Croix. Une personne tétraplégique me disait : « Je ne peux sentir le contact de mes pieds avec le sol, ni ouvrir et fermer les mains, ni bouger les bras. Mais je respire, j’ouvre et ferme les paupières à plusieurs reprises en conscience et je donne sens à ces mouvements dans ma relation à Dieu. Cela m’aide à être, en Sa Présence. »

Annick Chéreau

¹ Le Livre de la vie, chapitre 22 (éd. Gallimard, 2015).

Annick Chéreau, laïque, anime depuis plus de vingt ans des sessions d’initiation à la prière silencieuse avec le corps, notamment à Hérouville-Saint-Clair (Calvados) où elle habite.


Légende :  À chacun de repérer la posture qui l’aidera à entrer dans la prière.
Copyright : © Julian Kumar / Godong


 

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