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Ecole de prière - Revue N°72 - Juillet 2021

Prier et naviguer au souffle de l’Esprit


Avec une petite équipe, Marie-Christine et Claude-Henri Pesquet, accompagnateurs au Centre spirituel jésuite de Penboc’h, ont initié en 2006 des retraites « entre terre et mer », dans lesquelles la confrontation quotidienne à la vie en mer donne accès à de nombreuses métaphores spirituelles.


« Prier et naviguer au souffle de l’Esprit » est une retraite d’initiation à la prière ouverte à tous ceux prêts à risquer une aventure humaine et spirituelle, que l’on soit débutant ou grand marin, familier ou non de la spiritualité ignatienne. L’enjeu est de rencontrer à travers la médiation de la mer et celle de l’Écriture, le visage de Dieu Créateur et Sauveur, source de toute vie. Il consiste à inviter les retraitants à sortir du rythme trépidant de la vie quotidienne pour se mettre à l’école du Christ en passant par l’école de la mer.

L’expérience de la mer facilite l’établissement d’un lien fort avec l’expérience spirituelle. Le « jargon des marins » au travers de notions telles que : embarquer, barrer, tenir son cap, avancer au large… peut se faire l’écho de notre « aventure spirituelle ». L’expérience de la mer est expérience d’un monde en mouvement, en vie, mais aussi langage possible pour parler de ce qui est vécu au niveau spirituel.

L’expérience de la mer passe d’abord par les sens, sollicitant tout ce que nous sommes, à savoir: notre regard, notre toucher, notre sentir… Elle nous permet de lire et d’interpréter notre vie à partir de Dieu et d’expérimenter un univers unifié. La mer peut alors être vue comme une médiation qui nous invite à nommer le sillage d’une vie personnelle et communautaire guidée par l’Esprit. Lire sa vie, c’est reprendre toutes les expériences vécues en nommant ce qui touche le cœur, en réalisant que Dieu rejoint l’homme à travers son affectivité et non par les idées.

Il s’agit, ici, d’oser embarquer car les images que nous avons de la mer peuvent osciller entre terreur et fascination, de même, nos idées de la prière peuvent s’exprimer entre désir et crainte. Embarquer, c’est passer du rêve de la mer à la réalité d’un bateau avec ses contraintes qu’il s’agira d’apprivoiser. C’est aussi accepter de laisser derrière soi ses repères de terrien et mobiliser son lâcher prise. C’est avec d’autres, que je ne connais pas, prendre la décision de s’élancer à la découverte des autres, de soi, de Dieu.

Embarquer pour sentir la vie qui se donne et la présence de Dieu n’est pas de l’ordre d’un savoir mais d’une expérience personnelle. Les moyens issus de la tradition ignatienne aident à entrer dans cette aventure des chercheurs de Dieu qui embarquent à la suite du Christ sauveur, aventure qui nous rétablit dans une juste relation à toute la beauté du créé mais aussi à toute sa rudesse.

Jésus a lui aussi fréquenté la mer, celle de Galilée. Ses disciples étaient des pécheurs habitués aux imprévus de la navigation. L’évangile de Marc nous montre sa « manière d’être » spécifique avec ses disciples, la barque étant un lieu privilégié de leur formation. Ainsi, à travers la tempête, il leur enseigne que la traversée vers un autre style de vie ne peut pas faire l’économie de la peur. Avec Jésus les disciples transitent d’un statut de sédentaires à celui d’itinérants.
Ils sont invités à passer de commencement en commencement.

Pour celui qui désire devenir disciple du Christ en le suivant, il est essentiel d’être simplement tout soi-même. Cela demande d’ouvrir son cœur et son esprit à ce qui va advenir, en particulier à Dieu présent en toute chose. Ce cadre marin peut amener la personne à développer une attention aux aux mouvements intérieurs qui l’agitent, à les repérer et à les exprimer. À l’image des paysages marins nous avons, nous aussi, nos marées hautes et nos marées basses qui traduisent nos choix d’écouter ou de ne pas écouter, d’accueillir ou de ne pas accueillir… Ces mouvements intérieurs donnent des repères, à l’exemple des phares et des balises qui permettent d’éviter les hauts fonds et aident à tenir le cap. Cet environnement encourage à ouvrir en grand nos cinq sens et à se retrouver pleinement incarnés.

Le retraitant est invité à regarder la manière dont il a vécu les temps forts humains et spirituels, alliant ainsi navigation et ressourcement, à relire ses temps de prière, à réaliser comment la vie en équipage et l’accompagnement spirituel personnel l’aident à se construire, à laisser la mer lui parler de Dieu et à parler à Dieu à travers la mer. 

Le parcours proposé s’organise autour de thèmes bien définis qui orientent chaque journée. Pour chacun d’eux, un « topo » décline une notion marine que le retraitant pourra expérimenter sur le bateau tel que : régler les voiles, tenir son cap… Chaque jour, il s’agit, pour les retraitants, avec leur skipper, de larguer les amarres, hisser les voiles, barrer, tenir le cap donné… Gestes répétés à chaque départ. Le langage marin peut évoquer des expériences faites dans la vie et alors les métaphores marines parlent toute seules. Acquérir cette expérience n’est jamais passif, cela se conjugue toujours avec le fait de reconnaître pleinement ce qui est donné.

« Avance au large ! »
Cette expérience de navigation avec le Christ donne à la personne de s’envisager comme un être appelé à habiter la création, en déployant sa singularité créatrice aux services des autres pour y témoigner que le monde est métaphore de Dieu. 

 
Marie-Christine et Claude-Henri Pesquet
 
Crédits photos: D.R. / © Nikitje / iStock





 
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