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Spiritualité ignatienne - Revue N°72 - Juillet 2021

Entrer dans la prière

Les vacances sont là ou approchent et le désir de donner davantage de temps au Seigneur dans l’écoute de sa Parole, comme l’Église nous y invite depuis Vatican II, habite nos cœurs. À la lumière des Exercices spirituels, Anne-Dominique Wattelle, sœur de l’Enfant-Jésus, nous donne quelques repères pour entrer dans la prière.


Avant de nous lancer dans l’aventure de la prière, il est sans doute bon de nous remettre en mémoire quelques repères que nous donne saint Ignace. L’habitude, voire parfois la routine, risquent peut-être de nous avoir fait oublier certains conseils qui sont une aide précieuse pour faire de notre prière une vraie rencontre personnelle avec le Seigneur qui, le premier, a mis en nous ce désir de le rejoindre et nous donne le courage de lui consacrer un peu de ce temps que nous recevons de Lui.

Avec un cœur large et généreux
 
Dans les Exercices spirituels de saint Ignace, les préalables nous invitent à apprêter notre cœur pour que celui-ci soit, « large et généreux ». Pour cela, comme pour toute rencontre importante, il s’agit de se préparer. La première démarche consistera à choisir un lieu. Durant cette période de vacances, nous avons peut-être quitté notre espace habituel et il est bon de repérer, là où je suis, un endroit qui porte au recueillement, au calme, un cadre qui m’aide à prendre une distance physique et intérieure avec mon quotidien. Le livre de l’Exode (33,7) nous précise que la Tente de la Rencontre dans laquelle Moïse se rendait pour être avec le Seigneur se trouvait à l’écart du camp et tout l’Évangile nous montre que Jésus aimait se retirer dans la montagne. Nous partageant son expérience, Jésus lui-même nous invite à trouver ce lieu qui favorisera cette présence totale au Seigneur : « Toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret » (Mt 6,6). Pour nous ce peut être la petite église du village… un endroit dans la nature… ou simplement une pièce tranquille.

Ensuite, il convient de prendre une position corporelle propice à l’écoute : assis, à genoux, debout : c’est toute ma personne qui est appelée à participer à la rencontre avec le Seigneur. La façon de me positionner physiquement va, ou non, m’aider à me rendre ouvert au Seigneur et à tenir en sa présence.

Il me faudra aussi repérer à quel moment précis de la journée, je serai le plus disponible, le plus apaisé pour une véritable attention à Celui qui m’attend. Repérer ce moment favorable où régulièrement, je viendrai au rendez-vous avec le Seigneur, décidé à être entièrement tourné vers Lui. Après une activité qui m’a qui m’a excité, stressé, ce n’est peut-être pas l’idéal. Quand notre corps est dans l’agitation, notre cœur a du mal à être au calme : un sas, un espace de transition est alors nécessaire. L’Évangile nous montre que Jésus choisissait plutôt la nuit, quand les foules s’étaient retirées (cf. Jn 6, 15) ou tôt le matin avant le début de sa journée (cf. Mc 1,35)

Enfin il faudra fixer une durée (entre vingt et soixante minutes : celle que je peux raisonnablement offrir au Seigneur) à laquelle je serai fidèle, que ce temps soit un moment facile ou au contraire un moment pénible, les minutes paraissant interminables. Même si c’est difficile, il s’agit de tenir bon, car comme le rappelait Christian de Chergé il s’agit simplement « d’être là avec le Bien-Aimé », gratuitement.

Puis il faudra déterminer le passage biblique sur lequel portera ma prière. Ce peut être : le texte proposé par la liturgie du jour… un psaume… ou tout autre extrait biblique. Pour ne pas découvrir le texte au moment de mon entrée en prière, il est nécessaire de le lire attentivement auparavant (peut-être plusieurs fois voire à mi-voix) afin de repérer le mot ou la phrase qui me touchent, qui provoquent en moi un attrait ou une réticence, un questionnement… Enfin je choisirai deux ou trois points sur lesquels je m’arrêterai au cours de ma prière.

Entrer en relation avec Le Seigneur

Ayant ainsi revisité les conditions qui favorisent le silence intérieur et contribuent à une atmosphère de recueillement, je pourrai entrer dans la prière à proprement parler. Mais saint Ignace nous donne encore quelques conseils, quelques préambules pour ce moment.

Il m'invite à reprendre conscience de Celui qui m’attend et vers qui je me dirige : « À un ou deux pas de l’endroit où je dois contempler ou méditer, me mettre debout pendant le temps d’un Pater. L’esprit levé vers le haut, considérer comment Dieu notre Seigneur me regarde ; et faire un acte de respect ou d’humilité » (ES 73).
 
Il m'invite également à marquer mon entrée en prière par un geste : soit en me marquant du signe de la croix, soit en m’inclinant mais en cherchant toujours à exprimer à travers ces gestes mon attitude intérieure, mon désir d’être présent au Seigneur à qui j’ai décidé de donner du temps. Je pourrai aussi choisir de marquer le début de ma prière en formulant une parole qui m’aide : « Tu es proche Seigneur, fais-moi vivre avec Toi » ou : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur… me voici » ou encore : « En toi je mets ma confiance » ou tout autre formule. Dans cette entrée en relation avec le Seigneur, je n’hésiterai pas non plus à me présenter devant Lui tel que je suis : avec de l’entrain, de la fatigue, de nombreux soucis ou sans goût. Quel que soit mon état, je dépose tout cela simplement dans les mains du Seigneur, m’en remettant totalement à Lui.

Puis dans une prière préparatoire, je demanderai que tout ce que je vais vivre durant cette rencontre et au cours de ma journée ainsi que tout ce que je suis soit vraiment disponible au Seigneur, tourné vers lui pour son service et sa louange (ES 46).

Maintenant, préparé et disposé à la rencontre, je me souviendrai du texte que j’ai choisi, et je chercherai à composer le lieu où se passe la scène : le désert, la synagogue, le village, la route selon le texte. La composition de lieu fait appel à mon imagination et l’aide à se fixer, elle consiste à me représenter la scène comme si j’y assistais en ce moment. Pour cela je peux m’aider du souvenir d’une route sur laquelle j’ai marché, d’un village où j’ai séjourné etc. Mais je peux aussi me servir d’une icône, d’une image symbolique, autant de moyens qui vont m’aider à enraciner l’épisode choisi pour ma prière dans le concret et m’éviter de trop me laisser distraire ; en même temps je reprendrai conscience de la réalité de l’Incarnation, j’en sentirai toute la densité : c’est vraiment sur notre terre que Dieu est venu partager notre vie humaine et c’est avec tout ce que je suis, avec chacune de mes facultés, que je me tourne vers Lui.

La Demande de grâce

Enfin après m’être ainsi ouvert à la rencontre, j’exprimerai au Seigneur la grâce que je souhaite recevoir (ES 48).
Saint Ignace nous fait demander une grâce plus précise, en fonction de la scène sur laquelle je vais m’arrêter ou du point où j’en suis : ce sera par exemple la grâce de découvrir davantage l’amour du Seigneur pour moi ou de mieux voir comment vivre telle situation ou de me laisser guérir de tel mal. Saint Ignace précise : « Demander ce que je veux et désire » pour progresser dans ma réponse à l’amour du Seigneur, être davantage son disciple.

Cette demande de grâce n’est pas un acte quelconque : elle me met en état d’ouverture, de réceptivité au Seigneur qui désire me combler, elle témoigne aussi de ma confiance envers Lui.

Elle me situe à ma juste place devant le Seigneur : c’est de Lui que j’attends et reçois la vie.
La demande de grâce me pose devant Dieu comme une personne qui a un désir et qui l’assume. Plusieurs fois, dans ses rencontres, Jésus questionne : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51) ou : « Veux-tu guérir ? » (Jn 5,6). Jésus attend que nous nous assumions totalement.

Enfin, en même temps qu’elle me fait préciser ce qui m’habite, la demande de grâce me conduit à faire le tri dans mes désirs, à les ordonner, à repérer celui qui est essentiel en ce moment.

Ayant ainsi mis en œuvre ce qui dépend de moi pour être mieux ajusté au Seigneur (il me faudra parfois beaucoup de temps pour y parvenir), je suis maintenant prêt pour une vraie rencontre d’amitié avec le Seigneur et, à travers le texte choisi, le laisser « m’ouvrir l’oreille » (Is 50,5).
Anne-Dominique Wattelle,
sœur de l’Enfant-Jésus de Lille

 








 
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