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Des raisons d’espérer ?

« Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël ! » (Luc 24,21) Selon l’évangile de Luc, ainsi s’expriment deux disciples qui quittent Jérusalem trois jours après la mort de Jésus, et qui se confient à lui, ressuscité, qui les a rejoints. Pédagogue, Jésus va réveiller leur mémoire et leur donner une authentique raison d’espérer.


Sur la route d’Emmaüs, les deux disciples sont empêchés de reconnaître Jésus par l’aveuglement qu’apporte le désespoir.

Ce qui vient de se passer avec sa crucifixion consacre, en effet, pour eux, la chute de tout ce qu’ils imaginaient de la réalisation des promesses de Dieu et qu’ils avaient projeté sur Jésus en tant que le Messie attendu. Sur la route du désespoir qui les fait quitter Jérusalem et leurs frères, Jésus ressuscité va-t-il leur faire valoir, malgré tout, des raisons d’espérer ?

Une victoire non observable

Quand nous sommes amenés à accompagner quelqu’un dans une situation désespérée, la tentation nous vient immédiatement d’essayer de restaurer pour lui quelque chose de l’imaginaire qui s’est effondré, en disant, par exemple : « Tu vas voir, cela va aller mieux ! » Or Jésus va faire passer ses disciples du désespoir à la joie en leur disant, en substance : « Ça ne va pas aller mieux ; vous n’avez pas encore compris que c’est toujours ainsi que Dieu réalise pour vous sa Promesse. »
 « Alors il leur dit : “Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes! Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? ” » (Lc 24, 25-26)

Les Prophètes ont proclamé que le Christ, en tant que roi du peuple de Dieu, doit entrer avec lui dans la gloire en ayant dominé jusqu’au cœur de l’ennemi (Ps 110). Cette victoire décisive est la seule qui puisse assurer à l’humanité, figurée par Israël, la paix d’un royaume qui soit réellement le royaume de Dieu. Telle est la Promesse qui fonde l’espérance d’Israël.

Or il s’agit précisément de ce qui vient d’être parfaitement accompli par Jésus. Leurs yeux sont empêchés de le reconnaître, car cette victoire n’est pas observable. Elle n’est reconnue que par le cœur, dans l’intelligence de la foi. Déjà Luc avait rapporté ces propos de Jésus aux Pharisiens qui lui demandaient quand viendrait le Royaume de Dieu : « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : “Voici, il est ici ! Ou bien : il est là ! ” Car voici que le Royaume
de Dieu est au milieu de vous.
» (Lc 17,20-21)

Mais en quoi fallait-il passer par une telle souffrance, un tel scandale, pour remporter une telle victoire ? L’évangile de Luc nous rapporte une scène qui peut éclairer de quelle nature est cette nécessité inimaginable.

« L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : “N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi”. Mais l’autre, le reprenant, déclara : "Tu n’as même pas crainte de Dieu, alors que tu subis la même peine ! Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes ; mais lui n’a rien fait de mal." Et il disait : "Jésus, souviens-toi de moi, lorsque tu viendras avec ton Royaume." Et il lui dit : "En vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis." » (Lc 23,39-43)

Jésus est crucifié entre deux malfaiteurs. L’un demeure encore enfermé dans le fantasme de toute puissance projetée sur le Christ, et l’autre est bouleversé de compassion à l’égard de l’innocent qui partage avec eux la même peine, celle que leur ont value leurs actes. Une telle présence inimaginable signifie alors pour ce dernier que Jésus est bien celui qui doit venir établir pour eux son Royaume. Ce que Jésus lui-même lui confirme : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

La révélation de la toute-puissance de l’Amour

Ne fallait-il pas que Jésus soit avec ce malfaiteur sur la croix pour qu’une telle reconnaissance lui permette de ramener avec lui jusqu’au Paradis cette humanité perdue dans la méfiance à l’égard de son Créateur ? Ne fallait-il pas que Dieu, en son Fils, demeure avec l’homme jusqu’au fond de l’enfer où l’ont conduit ses actes, pour dominer jusqu’au cœur de l’ennemi qui l’enfermait dans le fantasme diabolique d’une toute-puissance imaginée être celle d’un Dieu qui la lui refuse ?

Car alors le bon larron est sauvé en étant bouleversé par la révélation d’une tout autre toute-puissance, celle d’un amour infini qui l’a rejoint sur la croix car il ne l’a jamais quitté.

Ainsi est manifesté que ce n’est pas Dieu qui veut la croix et toute la violence du monde, en punition de l’homme ou pour la satisfaction d’un droit qu’il revendiquerait. Dieu ne veut pas la croix. Il veut être crucifié avec l’humanité devenue celle de son Fils pour la ressusciter de la mort intérieure où l’a conduit la méfiance à son égard. Il pardonne à tout larron en lui donnant à nouveau la confiance en sa véritable toute-puissance, celle d’un amour sans retour.

« Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? » La gloire de n’avoir jamais quitté son humanité et d’avoir ainsi remporté la victoire pour son peuple en dominant jusqu’au cœur de l’ennemi où règne la mort. En cela le Christ n’obéit à aucune autre nécessité que celle de l’amour, l’amour de son Père pour l’humanité qui est sienne.

« Et commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta dans toutes les Écritures ce qui le concernait. » (Lc 24,27)

Jésus ressuscité, toujours non reconnu de ses disciples, leur interprète alors tout ce qui s’est écrit dans leur histoire comme étant l’œuvre de cette nécessité de l’amour du Dieu créateur qui n’a cessé de s’incarner dans leur humanité, pourtant toujours aux prises avec la violente réaction d’un ennemi qui refuse une telle incarnation.

Ainsi tout ce qui arrive dans cette histoire concerne le Christ, dans la mesure où Dieu, depuis le commencement, travaille à accomplir sa Promesse de donner à l’homme sa propre vie éternelle, au sein d’un Royaume dont lui-même est le Roi, en l’humanité de son Fils.

Dans l’Écriture de cette histoire, il est révélé à Israël que c’est précisément la réalisation de cette Promesse divine qui déclenche la violence d’une réaction infernale opposant à la toute-puissance discrète de l’amour éternel la toute-puissance illusoire et fascinante d’une mort éternelle.

Aujourd’hui, comme au commencement et jusqu’à la fin de l’histoire, ce combat des esprits dont l’enjeu est le cœur de l’homme est présent en toute actualité. Et en ce combat, la victoire de Dieu pour son humanité est remportée éternellement, depuis le commencement jusqu’à la fin des temps, car seul il est le Créateur. Le sens de cette victoire, et donc le sens de l’histoire, est complètement révélé dans la Résurrection de Jésus le crucifié.

Et pourtant, au moment où Jésus va les quitter, demeure encore pour eux une question, qui est aussi la nôtre, car, pour nous aujourd’hui, comme pour eux, au jour de l’Ascension, la fin des temps n’est pas encore arrivée.
« Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ? » (Ac 1,6). Nous serions tentés d’ajouter : c’est maintenant ou jamais !




L’unique raison d’espérer

L’expression d’une telle attente signifie que les disciples sont encore tentés, comme nous, de demeurer sous l’emprise d’une représentation imaginaire d’un Royaume de Dieu enfin réalisé dans l’espace et dans le temps, dans les limites d’un peuple. Dans cette perspective est oublié que n’est établi par une Résurrection que ce qui a traversé la mort. Elle laisse donc toute sa place au désespoir chez celui qui ne peut accepter une telle traversée. 

La réponse de Jésus écarte cette perspective et donne finalement la seule et unique raison d’espérer :

« Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Sama- rie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,7-8).
 
Nous sommes donc appelés, à la suite des Apôtres, à vivre de la force de l’Esprit Saint en renonçant à connaître le programme des évènements pour tenter de les maîtriser par nous-mêmes. Ce qui est caché aux sages et aux savants, l’Esprit Saint, est révélé aux tout-petits qui ne désespèrent jamais de lui qui fait traverser la mort…
 
Michel Farin s.j.

 
Pour aller plus loin :
À la suite de son évangile, dans son récit des Actes des Apôtres, Luc renvoie en permanence à l’initiative de l’Esprit Saint, depuis la Pentecôte. Les Apôtres que Jésus lui-même, dit Luc, a choisis sous l’action de l’Esprit Saint sont livrés à son initiative qu’ils reconnaissent en tout ce qui leur arrive, en particulier Pierre et Paul. Pierre, dans sa rencontre avec le centurion Corneille, Paul dans celle où la parole du Ressuscité le jette par terre sur la route de Damas, l’un et l’autre sont appelés à reconnaître l’initiative de l’Esprit Saint dans la conversion des païens. La reconnaissance d’une telle initiative qui conduit l’histoire quoi qu’il arrive est bien l’unique fondement de toute espérance.
 

Crédit photo: 
© François Galland / Godong
© Fred de Noyelle / Godong
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