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Spiritualité ignatienne - Revue N°56 - Novembre 2018

Chercher et trouver dieu en toutes choses



Chercher et trouver Dieu en toutes choses, donc d’abord dans notre vie ordinaire, est l’une des caractéristiques de la spiritualité ignatienne. Cette disposition du cœur s'appuie sur l’expérience de vie de saint Ignace, comme le rapporte le père Jérôme Nadal, l’un des premiers compagnons jésuites, très proche d’Ignace. Il sut en particulier le convaincre de partager l’histoire de sa vie, ce que nous appelons aujourd’hui Le Récit du pèlerin. « Par un privilège insigne, le Père Ignace vécut cette manière de prier d’une façon très particulière. Et en outre, en toutes choses, actions, conversations, comme s’il sen- tait et contemplait la présence de Dieu et le goût des choses spirituelles, il était contemplatif dans l’action même. Ce qu’il avait coutume d’exprimer par ces mots : “Il faut trouver Dieu en toutes choses” ».

Dans la même lignée, le P. Nadal écrit lui-même dans son journal spirituel : « Je ne veux pas que tu sois spirituel et dévot seulement lorsque tu célèbres la messe ou quand tu es en oraison ; je veux que tu sois dévot et spirituel lorsque tu te consacres à une activité, afin que brille dans tes œuvres elles-mêmes une pleine force de l’esprit, de la grâce et de la dévotion ».

Autrement dit, il n’y a pas dans notre vie, d’un côté des activités qui seraient par nature spirituelles et tournées vers Dieu (prier, aller à la messe, faire une retraite, relire sa journée, par- ticiper à une réunion CVX…) et de l’autre, des activités « profanes », sans rapport avec Dieu, mais nécessaires à la vie ordinaire (travailler, s’occuper de sa famille, faire la cuisine ou le ménage, prendre le bus…). Dieu nous a créés entiers, il ne nous découpe pas en rondelles ! Notre vie tout entière l’intéresse.
« Trouver Dieu en toutes choses », c’est la Bonne Nouvelle de l’ici et maintenant : c’est là que le Seigneur nous attend et nous re- joint. Comme disait le P. Gustave Martelet, jésuite : « Il n’y a que deux moments importants dans notre vie, maintenant et à l’heure de notre mort ».
 
Jésus présent dans nos vies

Jésus lui-même a vécu d’une manière tellement ordinaire qu’on le lui a reproché. « Jean Baptiste est venu, en effet ; il ne mange pas, il ne boit pas, et l’on dit : “C’est un possédé !” Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : “Voilà un glou-on et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” » (Matthieu 11,18-19) Les gens ne sont jamais contents… Jésus a des fréquentations douteuses, il se laisse rencontrer par des personnes méprisées ou margina- lisées pour des raisons diverses : lépreux, prostituées, pécheurs publics comme Zachée le publicain, Samaritains, femme étrangère comme la maman syro-phénicienne, femme adultère, petits enfants… Il n’a aucun souci de se protéger, de rester « pur » ; il ne met aucune hiérarchie, dans ses rencontres, entre les per- sonnes qui seraient importantes et les autres.
 
Dans son enseignement aussi, Jésus utilise les réalités de la vie de tous les jours pour parler du Royaume : une femme qui pétrit la pâte à pain, un pécheur qui trie le contenu des filets, un commerçant qui a trouvé une perle, une femme qui a perdu sa pièce de monnaie, un cultivateur qui prend soin du figuier stérile… Bref, Jésus est un homme libre par rapport aux catégories du pur et de l’impur, aux hiérarchies sociales, aux classements, aux cloisonnements. Il est Emmanuel : « Dieu-avec-nous », dans toutes les dimensions de notre existence.

Même après le départ de Jésus de cette terre, nous continuons à vivre en sa présence. Le mystère de l’Ascension conjugue d’ailleurs deux dimensions paradoxales : la fin du parcours terrestre de Jésus donc la séparation, et la communion avec lui sous une autre forme. « Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et  sur  la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28,18-20). Jésus, glorifié auprès du Père, ne s’absente pas de cette terre, ne nous abandonne pas, il est présent d’une autre manière.

Se laisser trouver par le Christ

Nous croyons donc que notre vie est le lieu où le Christ nous donne rendez-vous pour devenir toujours davantage ses disciples. Nous n’avons pas d’autres terrains d’entraînement ! C’est pourquoi la matière première de nos réunions CVX est la relecture puis le partage de notre vie réelle – pas la vie dont nous rêvons peut-être. Notre vie telle qu’elle est aujourd’hui, telle qu’elle se déploie dans notre famille, nos relations, notre travail, nos engagements… Aucun sujet n’est tabou entre nous, rien n’est considéré a priori comme sans intérêt ou sans lien avec notre vocation chrétienne. Quand un membre prend la parole, il est écouté avec attention et respect, quel que soit ce qu’il confie.

Trouver Dieu en toutes choses, c’est se laisser trouver par Lui. Sous la conduite de l’Esprit, nous sommes invités à investir avec notre foi chrétienne toutes les dimensions de notre vie, même celles qui paraissent les plus banales. Ce n’est pas de la naïveté, c’est du réalisme spirituel. C’est pourquoi saint Paul nous invite en ces termes : « Tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites- le pour la gloire de Dieu. » (1 Corinthiens 10, 31) La gloire de Dieu, voilà une expression qui résonne chez les ignatiens ! Bien sûr, tout ne se vaut pas dans notre vie, elle a ses limites et ses ambiguïtés. D’où l’intérêt du discernement, qui nous aide à faire le tri, selon ce mode d’emploi donné par saint Paul : « Discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal » (1 Thessaloniciens 5, 21-22).

En communauté locale, nous nous aidons les uns les autres à pratiquer ce discernement en particulier dans le deuxième tour, ou interpellation. Nous donnons de la valeur à ce que nous avons entendu : « Ce que tu dis est important », « Cela me touche que tu parles de… » Nous aidons l’autre à approfondir son partage, à aller plus loin : « Perçois-tu la présence du Seigneur dans cette difficulté ? » Nous pouvons aussi apporter de la nuance ou du recul : « Tu nous dis que tu te sens en échec avec tes enfants, mais c’est très cou- rageux de nous en parler ! », « Tu as trop de travail, ne peux-tu pas demander de l’aide ? » Nous portons dans la prière les décisions à prendre et nous en évaluons les fruits. Enfin, n’oublions pas qu’il est possible de consacrer une réunion à l’aide au discernement, quand un compagnon le demande pour prendre une décision personnelle importante. C’est une magnifique expérience pour toute la communauté locale.

Unifier sa vie

Le discernement nous permet de percevoir dans notre vie ce qui est beau, ce qui est bon, ce qui porte du fruit, ce qui va dans le sens de la croissance du Royaume. Le reste nous donne matière à conversion, jour après jour… L’enjeu fondamental, c’est l’unification de notre vie sous le regard et à la suite du Christ. Faire l’expérience d’une liberté authentique, cesser d’être tiraillés, parfois écartelés, entre le bien et le mal, comme saint Paul lui-même en fit l’expérience :
« Je ne fais pas le bien que je voudrais, mais je commets le mal que je ne voudrais pas ». (Romains 7, 19) Or justement, d’après ses Principes généraux, cette recherche d’unité est un désir fort des membres de la Communauté de Vie Chrétienne :
« Pour mieux préparer nos membres au témoignage et au service apostoliques, spécialement dans notre milieu de vie, nous réunissons,  dans  des communautés, des personnes qui ressentent un besoin plus urgent de faire l’unité de leur vie humaine en toutes ses dimensions et de leur foi chré- tienne dans sa plénitude, selon notre charisme. Nous recherchons donc cette unité de vie, en ré- ponse à l’appel du Christ, au mi- lieu du monde dans lequel nous vivons ». (PG 4) « Chercher et trouver Dieu en toutes choses » nous invite à faire de toute notre vie une offrande. Lors de la visite du pape Jean-Paul II à Lyon, en 1986, on avait remis aux participants un foulard avec ces mots :
« Tu peux faire de ta vie un "Je t’aime" ». C’est la seule réponse que Dieu attend au « Je t’aime » qu’il nous a adressé le premier.
 
Christelle Javary
CVX Paris Sud Ouest

Crédit photo: © Acoblund / iStock
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