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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°87 - Mars 2024

La mission de l’Église devrait se vivre en dialogue



Claire Jonard qui a été facilitatrice pendant la première assemblée du Synode sur la synodalité partage les principaux points qui se sont progressivement dégagés du travail commun des pères et mères synodaux.

Le point central du synode a été la mission, comme son titre l’indiquait d’ailleurs : « Pour une Église synodale : communion, participation et mission ». Qu’est-ce que la mission de l’Église aujourd’hui ? Cette mission se reçoit de Dieu et elle est une mission en dialogue, qu’il s’agisse de dialogue ad intra (notamment entre laïcs et ordonnés) ou de dialogue ad extra (notamment avec le monde numérique, par le dialogue œcuménique et interreligieux…). Depuis le début de son pontificat, le pape François nous invite à comprendre que Dieu est présent partout, dès lors que sont manifestées des relations d’amour et de charité. Et la méthode de « conversation dans l’Esprit » mise en œuvre pendant le synode a vraiment redonné de l'espérance pour l'avenir de l’Église.

Dans de nombreux pays pauvres, l’Église est l’acteur principal - pour ne pas dire unique - qui promeut la paix, la justice et la liberté au service des hommes et des femmes. En France et en Europe toutefois, les structures de l’Église étant souvent très administratives, avec des niveaux hiérarchisés de responsabilité (paroissial, diocésain, régional…), nous sommes appelés à introduire plus de coresponsabilité. Il s’agit d’être plus à l’écoute de tous - et non pas seulement des quelques-uns qui décident - et d’introduire plus de représentativité, sans craindre de solliciter des personnes qui semblent éloignées mais qui ont aussi quelque chose à dire à l’Église. Il s’agit aussi de permettre une plus grande communion de tous pour que laïcs, prêtres et diacres ne soient pas en concurrence, chacun dans leurs coins, mais en communion pour servir l’annonce du Christ.

Divers moyens de renouveler les ministères

Pendant le synode, la question des ministères a été très travaillée et il a été demandé d’expérimenter sur le terrain de nouvelles façons de les confier et de les vivre en vue de partager ces expériences en octobre prochain en assemblée. Le continent africain a beaucoup parlé des catéchistes qui ont pour mission la gouvernance des communautés ecclésiales de base (CEB) et l’animation liturgique de la prière. En Afrique, le catéchiste travaille avec le prêtre - qui a la responsabilité de très vastes zones pastorales - ; leur mission sont complémentaires. Un tel ministère pourrait interpeller les Églises en Europe. De même, on a largement évoqué les CEB latino-américaines dans lesquelles tous - laïcs, catéchistes, prêtres - s’autogèrent entre eux avec l’aide de responsables formés. Il y a donc divers moyens de renouveler les ministères tout en restant dans une forme traditionnelle. Face à ces éventuels renouvellements, il est important d’entendre les craintes de ceux qui redoutent qu’« on change l’Église ». En fait, l’Église s’ouvre, s’adapte et ne cesse d’avancer, mais toujours en fidélité à la tradition apostolique.


La question des femmes a également été mise sur la table en grande vérité, entre autre par certains qui souhaitent l’ordination diaconale pour les femmes. Certes, cette première session de 2023 n’était pas une phase décisionnelle mais une phase d’approche ; cependant, en octobre 2024, on ne reviendra pas en arrière par rapport à ce qui s’est passé pendant cette première session. Il a été dit très fortement dans la salle combien les femmes sont un élément vital dans l’Église et combien elles doivent être bien plus intégrées dans la gouvernance de Celle-ci. Nous nous sommes interrogés également pour savoir si on peut aller chercher des modèles, notamment en ce qui concerne les prêtres mariés, dans les Églises orientales. Mais nous avons compris que nous ne ferons pas tous les mêmes pas en même temps. Un peu comme dans certains pays, la possibilité d’ordonner des diacres permanents n’a pas encore été mise en œuvre depuis Vatican II. Le défi est donc d’avancer chacun à son rythme tout en restant uni.

Il y a urgence à se laisser convertir

Pendant le synode, il n’y a pas eu d’oppositions frontales mais il y a eu parfois des prises de paroles successives opposées. Tout cela s’est vraiment passé dans un climat de grand respect et de profonde écoute. Ce fut le cas en particulier pour traiter de la question des abus dans l’Église - question qui a été très présente pendant toute cette première session - en comprenant bien que l’Église ne peut rester dans une position de toute puissance : elle doit se mettre à l’écoute des victimes, des pauvres, en les nommant, par exemple, dans les conseils paroissiaux et épiscopaux. Il y a urgence à se laisser convertir et transformer par l’écoute de la Parole et l’écoute de ceux qui souffrent. C’est en étant tous unis, dans une reconnaissance mutuelle de chacun, que l’on peut annoncer la Parole du Christ sans que certains surplombent les autres. L’urgence maintenant est de retravailler nos processus de décision : comment rendons-nous compte de notre mission, de ce que nous vivons ?



Recueilli par Claire Lesegretain

D’origine belge et vierge consacrée du diocèse de Malines-Bruxelles, Claire Jonard, 48 ans, réside en Suisse depuis sept ans. Elle est responsable de la pastorale des jeunes et des vocations pour toute la Suisse romande. Elle a été facilitatrice pendant le Synode sur la synodalité à Rome en octobre 2023 et le sera à nouveau en octobre 2024.
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