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RWANDA, 7 Avril 1994 – 7 Avril 2014 : CE QUE LE PRESIDENT NE DIT PAS

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RWANDA, 7 Avril 1994 – 7 Avril 2014 : CE QUE LE PRESIDENT NE DIT PAS


 
Je voudrais m’incliner, ce jour, devant les centaines de milliers de rwandais morts du fait du génocide et des massacres qui l’ont précédé et suivi dans les villes et mille collines du pays comme hors de ses frontières, sur les routes et forêts congolaises.  
Je voudrais respecter un immense silence, un immense cri à entendre en notre décennie.
Comme Jésus qui fait silence devant les accusateurs et la femme accusée d’adultère en instance de lapidation, je fais silence, en ministre  et chercheur de sa compassion, de son immense miséricorde pour tout homme, victime ou bourreau. J’entends  « Moi non plus je ne te condamne pas. Va ne pêche plus ».
Une « saison de machettes » a plongé « dans le nu  de la vie »  des millions de frères africains parmi lesquels des foules d’innocents, femmes, hommes et enfants dont « la stratégie des antilopes », en bondissements et  fuites éperdues, n’aboutit qu’à la mort.
Sans aucun doute, la France, sous Mitterand, soutint trop longtemps un régime né dans une grande soif de démocratie mais devenu une véritable ethnocratie. Une ethnie majoritaire  et populaire, Hutue,  se leva contre une autre, minoritaire mais puissante dans sa tradition aristocratique, Tutsie.
Mon pays tenta, trop tardivement de raisonner un régime angoissé par une montée aigue de mensonges et violences verbales rapidement traduites en violences de masse.
 
On attribua au diable – les chrétiens catholiques qui représentèrent  plus de  95 % de sa population ont bien lu l’Evangile : ce diable est à la fois sans visage et « légion » - le vertige d’une telle folie de  frappes et de sangs.
On accusa le pape Jean Paul II lui même. Il  vint pourtant, quelques mois avant, rappeler à ce peuple et à ses gouvernants d’alors qu’ils vivaient au pays des « mille solutions » !
Aujourd’hui, le président de ce pays accuse le mien alors qu’il fut le seul à oser lutter pour son changement, à oser enfin (trop tard !) intervenir,  sous mandat de l’ONU, autant dire de toute la communauté internationale d’alors, dans l’opération Turquoise.
 
Moi qui ai vécu deux années et demi dans les camps de réfugiés congolo - rwandais de Byumba et Kibuye de 2005 à 2008,
Moi qui ai découvert à quel point charniers hutus et charniers tutsis se confondent rappelant  les multiples meurtres  pervers en ces deux régions,
moi qui ai dû fuir en quelques heures ce pays que j’aime sous menace de mort, par ce que  je découvrais de plus en plus  le sacrifice humain stratégiquement pensé d’un million de tutsis considérés par leurs frères rebelles en exil comme « traitres et collabos»,
Moi qui ai le vertige devant ce sacrifice humain manipulé ad intra comme ad extra et ce réel génocide perpétré par une part radicalement  mauvaise du pouvoir Hutu,
Moi qui ai à reconnaître encore, avec l’ONU, les millions d’hommes massacrés en terre congolaise sous la férule rwandaise dans les dix années qui suivirent,
tout cela pour les bénéfices à tirer des 23% de la richesse minière de l’Eldorado des  « Grands Lacs »,
Je demande à Mr Kagame et à ses puissants maîtres  en industries et finances, américains, chinois ou autres, à son église télévangéliste, à mon église catholique au Rwanda et au delà, de ne pas  craindre davantage de vérité, de courage, et de lumière. Leurs nervosités, leurs angoisses mal dissimulées en arrogances et  dévotions pourront être entendues du Dieu de Jésus Christ ! Lui seul dans sa miséricorde nous ouvre  un avenir. « Allons ne pêchons plus ! »                                                

Maurice Joyeux sj