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Martin Pochon : de son enfance à la Genèse

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Le jésuite Martin Pochon relit dans son histoire ce qui l'a amené à s'intéresser de plus près à la Genèse (voir l'article de la revue Vie Chrétienne n°26 p.24 De l'Eden au Royaume de Dieu ou le livre Les Promesses de l'Eden), de son enfance à Lyon jusqu'à Paul Beauchamp, en passant par les mythes africains ou Teilhard de Chardin... Des propos passionnants qui nous aident à entrer dans l'intelligence de ce texte biblique fondateur.


Pourquoi votre intérêt pour le pour le vieux récit de création d’Adam et Eve ? En relisant votre parcours, qu’est ce qui détermine cet intérêt ?
Je suis originaire de Meximieux Pérouges, à 35 km à l’est de Lyon. J’ai vécu dans ce qui était à l’époque un petit village jusqu’à la fin de l’école primaire. Avec les copains notre grande distraction était de partir à l’aventure dans la campagne avoisinante. A l’époque, nos parents nous laissaient partir pour l’après-midi sans surveillance. C’est sans doute ce contact avec la nature vécue comme un lieu d’aventure et d’exploration qui a établi dans mon imaginaire une connivence avec le récit de Genèse du chapitre 2 et 3. Je me souviens qu’une fois, face à des grappes de baies sauvages noires et bien luisantes, nous nous sommes demandés si, malgré leur belle apparence, elles étaient comestibles et nous nous étions identifiés aux enfants de la Genèse. Séduction, raison et transgression étaient mêlées. Dieu merci, notre raison nous a convaincus que nous ne pouvions pas décider nous-mêmes, il fallait que l’on se renseigne, que l’on demande à nos parents. On ne peut jouir de la création sans avoir recours à la parole des autres. Idem pour les champignons. Lesquels peut-on manger ? Lesquels risquent d’être mortels ? “Tu peux manger de tous les arbres du jardin, mais….”

Devenu interne à Lyon, “aux Lazos”, sur la colline de Fourvière, j’ai pu développer mon goût pour les sciences et la technique. Grâce aux enseignants que j’ai eus, jamais il ne m’est jamais venu l’idée d’opposer la science et la foi, au contraire, les phénomènes de la nature étaient pour moi un lieu d’admiration et de contemplation de la Création. Le fait qu’elle soit intelligible renforçait mon étonnement. Pendant le Lycée j’ai fait plusieurs camps liturgiques à Jeansagnière, un petit village du Massif Central ; c’était juste après le Concile et l’époque était à la créativité ; la foi catholique était vivante et cherchait à renouveler ses expressions pour être comprise et se ré enraciner dans les Evangiles, dans la vie du Christ. Là, j’ai compris que la langue et le vocabulaire pouvaient changer par fidélité au sens. Dans son discours d’ouverture du Concile, Jean XXIII avait dit qu’il ne fallait pas identifier les mots de la foi et le dépôt de foi. C’est là que j’ai rencontré un premier jésuite, et j’ai beaucoup apprécié sa manière de nous rendre présents à la vie du Christ. Son attention aux mots lui permettait de sortir d’une lecture littéraliste de la Bible.

Cette attention aux mots a donc façonné votre lecture … ?
A l’Ecam, j’ai lu plusieurs ouvrages de Teilhard de Chardin. Je les ai trouvés limpides – est-ce que je comprenais tout ? Aujourd’hui je n’en suis pas sûr ! – mais la musique me semblait naturelle et familière. Dans le même temps, je m’investissais beaucoup dans l’animation d’une cité de transit du Foyer Notre Dame des Sans Abri de Lyon. C’est là qu’a mûri ma vocation religieuse, la fraternité que nous vivions entre étudiants et entre étudiants et jeunes de la cité, m’invitait à vivre une fraternité sans frontières à la suite du Christ. Le Royaume était, non pas ailleurs dans un Eden introuvable, mais là, dans cette fraternité, dans cette cité où nous cherchions à mettre en oeuvre la charité.
J’ajouterais que 2 années de coopération au Tchad m’ont sorti de l’univers technique dans lequel j’étais tombé petit et m’ont ouvert à la dimension symbolique des récits. Lorsqu’un tourbillon
emportait les feuilles mortes à l’ombre du gros manguier où je faisais le catéchisme à des enfants, le silence s’établissait dans le cercle : ce n’était un vortex décrit par l’équation de Laplace comme je le croyais, c’était l’âme du grand-père qui passait… !

Ce n’est donc pas la mythologie grecque qui vous a ouvert au symbole, mais plutôt l’Afrique ?
Oui, Et lorsque je demandais à un ami, professeur de français de demander à ses élèves de 4ème de raconter l’histoire la plus extraordinaire qu’ils avaient vue de leurs propres yeux, beaucoup rapportaient les mythes de leurs villages comme des histoires réelles, des histoire de femmes serpents et d’hommes lions ou panthères. Ce n’est que plus tard, en terminale, que certains prenaient du recul par rapport au caractère événementiel de ces récits fondateurs. Je me suis donc interrogé sur l’aspect structurant des mythes dans la croissance de l’homme. Plus tard, au Centre Sèvres, j’ai suivi les cours du Père Goetz, un spécialiste des mythes du Tchad et de Madagascar. Je me souviens aussi du témoignage d’un vieux compagnon jésuite, le père Rey ; il me racontait que chez les Banana où il avait annoncé l’Evangile, on croyait que lorsqu’on plantait un arbre, un homme mourait. Inutile de dire qu’il n’y avait plus de forêt chez eux, mais cette identification de l’homme avec l’arbre m’a invité plus tard à faire une lecture symbolique des arbres de l’Eden.

Peut-on dire que tout cela vous a préparé à lire le livre la Genèse ?
Oui, tout à fait. Mais lorsque j’ai choisi de travailler sur les chapitres 2 et 3 de la Genèse, je l’ai fait parce que ce récit me semblait donner une image insupportable de Dieu… ! J’ai alors écrit tout le texte sur de grandes bandes de papier que j’avais collées aux murs de ma chambre. Comme nous y invitait Paul Beauchamp, notre professeur d’Ancien Testament, je lisais “avec le doigt” en surlignant d’une même couleur tous les termes relevant d’un même paradigme, et peu à peu, je me suis aperçu que je prêtais à Dieu, toutes les idées et suggestions du serpent. Et je me suis passionné pour ce texte qui me prenait au piège de mon propre imaginaire… comme Adam et Eve s’étaient fait prendre. Plus tard, accompagnant des retraitants et des retraitantes, j’ai constaté que ce texte était très “opérationnel”. Je n’étais pas le seul à me laisser prendre à ce récit, mais je pouvais aider des frères et des soeurs à prendre conscience des pièges du “serpent” : Dieu n’a qu’un désir que nous lui devenions semblables. Les limites sur lesquelles nous butons, nos limites sont en fait le marchepied de notre divinisation.

Est-ce cela qui vous a permis de lire ensuite les Evangiles autrement ?
Effectivement ; il m’a rendu attentif à des aspects de la vie du Christ que je n’avais pas relevés jusque là. Le Christ nous le révèle : le divin peut être vécu dans notre condition humaine. Ce texte m’a fait lire, par exemple, les tentations du Christ au désert sous un jour nouveau : C’est “parce qu’il est Fils de Dieu” qu’il refuse de transformer les pierres en pains et non pas “bien qu’il soit Fils de Dieu”. Exercer une dictature sur toute chose n’est pas conforme à l’amour, ce ne peut être divin. Le Christ nous sort de tous nos fantasmes sur la toute-puissance de Dieu. Dieu ne fait rien hors de l’amour. Dieu ne nous a pas condamnés à mort par jalousie ou en raison d’un honneur blessé, Dieu nous fait découvrir qu’il nous aime à en mourir et qu’il meurt pour que nous faire partager sa propre vie. C’est au Nom du Père que le Christ se livre aux mains de ses ennemis, pour leur révéler la miséricorde du Père. Ce n’est pas pour obtenir la miséricorde du Père à notre égard, c’est pour la manifester, c’est pour la vivre.

A vous écouter, on a l’impression que cette histoire d’Adam et Eve, a été pour vous un élément moteur dans l’intelligence de la foi chrétienne. Est-ce bien vrai ?
Oui, et c’est pourquoi je suis heureux de voir ce livre être publié de belle manière : les éditions Vie Chrétienne, m’ont proposé de mettre le texte biblique en 2ème de couverture ce qui permet au lecteur de ne pas prendre un torticolis entre la Bible et le commentaire, et en 3ème de couverture la reproduction d’un tableau de Chagall merveilleux, il est le seul au monde à montrer la disproportion entre l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal, il est le seul à mettre en évidence “l’arbre de vie” et à positionner “l’arbre de la connaissance du bien et du mal” tout en bas à gauche, à la limite du tableau. Et ce n’est pas un pommier ! Car il n’y a pas de pommes dans le récit biblique. Non, Dieu n’interdit pas ce qui est bon pour l’homme !


Retrouvez Martin Pochon dans l'émission de Béatrice Soltner, "Halte Spirituelle" sur RCF.
"Adam et Eve ont ils encore quelque chose à nous dire?"
Du 11 au 15 novembre 2013, tous les jours à 15h15 et 20h45.
Rediffusion de l'intégrale le vendredi 15 à 23h et le dimanche 17 à 21h.

Et en podcast sur www.rcf.fr à la page Halte spirituelle.