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Accompagner les "migrants forcés"

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Texte de réflexion de la Commission des « Migrations forcées »

Caractéristiques ignatiennes d’un accompagnement des migrants forcés (1)

Le texte que voici propose quelques points de repère pour des membres de la CVX et d’autres groupes ignatiens qui veulent s’engager au côté des migrants, afin que les droits de la personne migrante soient mieux respectés en Europe.

L’Assemblée mondiale de Fatima en 2008, a souhaité que la CVX s’engage avec détermination au service des migrants forcés, en particulier dans des actions communes d’«advocacy», (ensemble d’actions pour analyser les problèmes et faire des recommandations aux décideurs, des actions de sensibilisation, des prises de position publiques, etc.…)

La 5ème rencontre européenne « CVX-migrations forcées » qui a rassemblé à Luxembourg du 27 au 30 janvier 2011 23 personnes de 7 CVX nationales européennes, 2 personnes du JRS-Belgique et Franklin Ibanez, secrétaire exécutif de la CVX mondiale, a permis de rassembler les recommandations suivantes, fruits des expériences vécues d’accompagnements de migrants « sur le terrain »

Préambule

S’inscrire dans une certaine vision de l’homme (anthropologie)
Ce texte s’inscrit dans une vision de l’homme marquée par la spiritualité de saint Ignace : selon elle, l’être humain est destiné à grandir en liberté et à participer activement à la construction d’un monde selon le cœur de Dieu. Il est perçu comme un être de relations, être en relation avec lui-même, avec la nature, avec les autres proches, avec la société (relation aux institutions), et avec Dieu. Cet être humain, qui ne peut grandir que s’il reste en relation avec d’autres dans toutes les dimensions de sa vie, doit pouvoir vivre et se développer en confiance avec les autres, en étant respecté et en les respectant, quels que soient ses dons et ses faiblesses.
L’aide aux migrants, qui quittent leur pays dans l’espoir de vivre mieux, ou de vivre tout simplement en hommes libres, se vit dans ce désir d’un monde juste et heureux pour chaque être humain.

Etre en Eglise, communion et mission
Ce texte se fonde aussi sur une conviction : l’accompagnement des migrants ne peut se vivre individuellement. Il s’enracine dans le discernement en Eglise, dans des communautés qui, selon les lieux où elles se trouvent, permettent d’entendre l’appel et éventuellement de le vivre. Cet accompagnement se vit en lien avec les appels de nombreux évêques à propos de la situation dramatique de beaucoup de migrants arrivés en Europe comme celui « Qu’as-tu fait de ton frère ? »  texte de la conférence épiscopale des évêques français. Oui, l’accueil des migrants est de plus en plus une des manières de faire l’Eglise, à la fois communion et mission, en collaboration avec les organisations de la société civile et tous les hommes de bonne volonté.

Les expériences des participants à la rencontre de Luxembourg les ont menés à dégager les caractéristiques suivantes :

 

Pour accompagner des migrants

  1. être enraciné dans la vie spirituelle

En méditant Mathieu, 25, on découvre que c’est le face-à-face et la relation avec Dieu qui révèlent aux hommes la réalité des situations vécues avec leurs contemporains.
Pour durer dans un soutien difficile aux migrants, leur accompagnement est à ancrer dans la foi, qui donne à voir le visage du Christ dans ceux qui souffrent.
La prière est le lieu où se reçoit le regard du Christ sur les personnes, où se transforme le nôtre, où les relations aux autres deviennent plus justes. La prière aide à trouver la bonne distance avec chacun, et à accepter l’impuissance dans bien des circonstances contrariant le désir de rendre aux migrants leur pleine dignité. La prière rend lucide, permet de voir les situations et les projets d’aide « avec les yeux de Dieu », et aide à discerner et à rejeter les inspirations du « mauvais esprit ».

  1. répondre aux caractéristiques de la relation d’accompagnement ignatienne des migrants

Trois points
a. les débuts
b. la création d’un espace de liberté
c. l’appui sur les relations communautaires et les réseaux sociaux

a. les débuts
Cet accompagnement commence dans une disposition de cœur a priori favorable à la personne qui va être rencontrée. Le désir des rencontres avec des migrants est un élément favorisant, qui diminue la peur de l’autre.
Sur ce socle, peut se développer de l’empathie et même de l’amitié, même si celle-ci n’est pas à chercher d’emblée.

b. la création d’un espace de liberté
Il s’agit de permettre aux personnes rencontrées de devenir libres, pour qu’elles puissent accéder à leurs droits ;
Cela passe par une confiance éclairée, par des rencontres concernant la vie actuelle des migrants, en tenant compte de leur histoire passée et de leur avenir. A eux de poser des choix ! L’aide consiste ici à favoriser la mise en place de relations avec autrui et à entrer dans des réseaux pour sortir de l’insignifiance sociale. Aux accompagnants d’être au clair avec leurs liens(ou relations) à leur propre histoire, vie spirituelle, personnalité, réseaux…
La parole des accompagnants est là pour que les migrants puissent aussi avoir la leur : pour leur permettre de dire leurs questions et soucis avant de leur donner des réponses.
Au fond, comme dans toute relation d’aide, les accompagnants de migrants ont à cœur
de les écouter avec confiance et discernement,
de trouver la bonne distance dans chaque situation,
de se sentir libres face à leur propre impuissance, à leurs frustrations, aux impasses tout à fait possibles dans ces questions si complexes d’immigration et de droit d’asile.

c. l’appui sur des réseaux
D’une part
les accompagnants de migrants ignatiens échappent au danger d’être isolés dans leur tâche en faisant appel à leurs communautés locales, régionales, nationales, pour être soutenus par elles (DESE en CVX) L’évaluation des services doit en particulier y être sans cesse reprise.
D’autre part ils sont amenés de par leur implication dans ces situations à devenir la voix des sans-voix,
A informer les autres chrétiens et leurs concitoyens pour alimenter le débat autour de ces questions devenues brûlantes en Europe,
A avoir une parole publique,
En participant même modestement aux réseaux et médiations collectives, chrétiennes et politiques, qui luttent pour plus de justice dans les relations internationales.
En prenant appui sur les partenariats possibles là où ils se trouvent.
 

  1. manifester certaines aptitudes particulières

« Ce n’est pas le spirituel à lui seul qui peut garantir la qualité de l’accompagnement des migrants »
Les personnes qui accompagnent des migrants sont poussées par le cura personalis, l’attention à la personne
Et doivent donc faire preuve de capacités d’écoute, de disponibilité, de confiance et de constance (durer dans ce service). Dans certains pays, on parle ici d’inleving « se mettre dans la peau de l’autre » (cf l’expérience proposée à Malte « in their shoes »)
Elles doivent pouvoir ne rien attendre en retour de leur engagement : car une telle relation d’aide est gratuite, n’apportera pas nécessairement de gratifications.
Il est important qu’elles soient elles-mêmes accompagnées, ou supervisées, pour évaluer en permanence leur engagement.
Elles doivent aussi bien connaître le contexte plus large de leur action, être informées des réalités sociales et politiques de leur pays, de l’Union européenne, et des pays d’origine, pour assurer un accompagnement éclairé.

Nantes, le 12 février 2011
Bernadette KUNTZ-INIAL
Membre de l'atelier Entranger de la CVX

 


(1) Texte rédigé à partir des notes prises par Romain Kremer et Agnès Rausch lors des échanges entre participants au cours de la 5ème session CVX–Migrations Forcées à Luxembourg du 27 au 30 janvier 2011