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sous l'apparence du bien

Sous l'apparence du bien


Verser des dons pour ne pas payer d'impôts, est-ce si généreux? Est-ce participer au bien commun de la société?
Jean-Pierre découvre que derrière sa générosité aux associations bien d'autres éléments peuvent se cacher.
Quel équilibre trouver?


« Je viens de recevoir mon avis d’imposition sur le revenu. Cette année, quelle augmentation alors que mes revenus n’ont pas augmenté ! Pareil pour toi sans doute ? ». C’est mon ami Marc qui m’interpelle ainsi, sachant que nous partageons le même niveau de vie. Et moi de lui répondre, fringuant : « Moi, je ne paie pas d’impôt ; depuis longtemps je donne à différents organismes à vocation sociale ou confessionnelle, qui me permettent de bénéficier de la déduction fiscale de 66%[1] et je m’arrange pour que le montant de mes dons annule tout impôt. Bien sûr, la déduction n’est pas totale, seulement des deux tiers, et cela me coûte un peu plus cher, mais si peu[2] que je fais du bien pour pas trop cher[3]. Pas bête non ?» Et Marc de me répliquer de façon cinglante : «  Bravo pour ta générosité, mais si tout le monde fait comme toi, qui paiera les routes sur les quelles tu roules ? Qui paiera la police qui assure ta sécurité et l’ordre public ? Les pompiers quand tu seras en danger ? Et le bien commun, qu’en fais-tu ? » Je lui marmonne que je n’avais pas vu les choses sous cet angle, et nous avons vite changé de sujet.
Mais, cette conversation m’a poursuivi: pourquoi en étais-je arrivé à privilégier de façon aussi radicale le don au détriment de l’impôt ? Qu’est-ce que j’occultais ? N’est ce pas l’excès de souci d’une bonne utilisation de l’argent donné ? Je connais les organismes auxquels je donne, je sais ce qu’ils font et leurs actions rejoignent mes préoccupations et mon analyse des besoins les plus urgents, les plus universels et que personne d’autres qu’eux ne prend en compte. Critère bien ignatien. Mais, n’y a-t-il pas d’autres motivations plus cachées ? Besoin de reconnaissance satisfait par la lettre de remerciement et le récépissé fiscal envoyés sans délai par l’organisme bénéficiaire du don ? Je n’ai pas souvenir de tel courrier de l’administration fiscale. Volonté de garder la maîtrise de mon argent, même donné ? Avec les dons, je contrôle mes affectations et les montants distribués ; avec l’impôt, j’ai le sentiment de verser dans un fonds commun « sans fond », qui m’échappe. Et me vient alors la problématique du bien commun : revient-il à l’initiative privée de chacun ou au collectif au travers du politique ? Quel équilibre entre les deux ? Question du prochain et d’autrui[4], du rapport entre charité et justice[5]… Défiance vis-à-vis du politique et de la démocratie ? Sentiment trop répandu pour avoir besoin d’en dire davantage. N’est-il pas plus disculpant et valorisant de pratiquer la générosité que la simple justice du contribuable ?
Désormais, je continue à verser des dons … mais je paie aussi des impôts. Merci Marc !
 
 
Jean Pierre


[1] et même de 75% si c’est pour une aide alimentaire
[2] le tiers de ce que je donne
[3] c’est d’ailleurs cet argument fiscal qu’assènent les associations pour nous convaincre de leur verser un don
[4] Paul Ricoeur chapitre «  le socius et le prochain » dans Histoire et Vérité –Essais Points n° 468 pp 113 à 127:
[5] Christian Mellon : clarifier la relation charité justice dans Nouvelle Revue Vie Chrétienne  n°29-mai 2014 - p16
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Commentaires des internautes
de Vismes Bruno le 29/09/2014 à 18:03

Bien entendu, le vrai don se révèle dans sa pure gratuité ! L'envahissement du "win-win", du donnant-donnant, et pas seulement dans le domaine de l'argent, mais aussi de la politique, de l'entreprise, des relations sociales et personnelles, est certainement une des causes majeures de la fausse "bonne conscience" ... et du mal-être actuel. Mais asséner de façon péremptoire cette seule vérité se heurte à la sage ironie de Péguy : "Ils ont les mains propres, mais ils n'ont pas de mains".
Ainsi, ce "témoignage" m'apparaît contestable à plusieurs points de vue :
- dans son dialogue basé sur des erreurs de base : le plafond des dons est limité à 20% du revenu imposable, l'impôt sur le revenu ne constitue pas la totalité, mais à peine un quart des recettes de l'Etat - sans compter celles des autres collectivités publiques), etc ... : je ne vais pas asséner un cours sur la fiscalité à la française...
- dans son indignation contre les associations "assénant" des arguments fiscaux pour recueillir des dons : certes, tout un chacun est certes épuisé par la réception de courriers répétitifs émanant de certaines d'entre elles, mais aussi par des avis de mises en demeure de payer des impôts et amendes alimentant le tonneau des Danaïdes : ainsi, le désamiantage de la Tour de l'Université de Jussieu a déjà coûté 800 millions d'euros depuis une décennie, l'ours des Pyrénées ou le loup du Mercantour coûte un million d'euros par an, etc...
Laissons aux "intendants infidèles" que nous sommes préférer financer avec contrepartie par exemple une oeuvre telle que les Orphelins Apprentis d'Auteuil effectuant la formation professionnelle de 13.000 jeunes qui trouveront un travail pourquoi pas heureux. Plutôt que d'inciter toute une autre jeunesse à se lancer dans des études se perdant dans les sables d'un désert professionnel et humain ; ou encore tel projet conduisant à ériger des portiques routiers voués à la destruction et des amendes ... infligées à l'Etat ... et donc aux contribuables !

Castanié Olivier le 30/09/2014 à 11:47


je réagis à l'article 'sous l'apparence du bien' signé de 'jean pierre' - la possibilité de payer moins d'impôts en donnant à des organismes agréés par l'état est un dispositif que la France s'est donné (et qu'elle peut abandonner si elle le veut) - la 'simple justice du contribuable' n'est donc pas mise en cause par nos dons. jean pierre explique bien qu'en donnant à un organisme agréé, au final, cela coute plus que de simplement payer ses impôts! le reçu fiscal, éventuellement accompagné d'un remerciement, est le plus souvent un document informatique - d'autre part le remerciant n'est pas le bénéficiaire du don: c'est un organisme de collecte (secours catho, ...) qui n'est donc pas dans la position de 'devoir' quelque chose au donateur. de mon coté, je crains que les arguments développés, in fine, (et malgré la phrase '...mais je paie aussi des impôts') amène à justifier de donner moins au total - Or l'une des grandes vertus du don, me semble-t-il, c'est de me dessaisir de ce pouvoir d'achat. Seul cas où je rejoindrai (pour lui, pas pour moi!) jean pierre: s'il paie ses impôts et donne sans demander de reçu fiscal! amicalement olivier

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