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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°31 - Septembre 2014

Points de repères ignatiens pour le domaine économique

Lors du rassemblement organisé par le PAS ignatien à Lourdes en septembre 2014 autour du thème "A la lumière des Exercices spirituels, servir davantage la vie quotidienne de tous", une intervention a rebondit sur le dossier pour creuser la méditation des trois groupes d'hommes vis-à-vis de notre relation à l'argent. Geneviève Guénard, directrice administration finance du CCFD Terre solidaire a accepté de nous partager le texte de son intervention. Le voici.



Le fondement
E.S. N°23:
L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme,
et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.
D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin
et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin.
Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées,
en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre arbitre et ne lui est pas défendu ;
de telle manière que nous ne voulions pas, pour notre part,
davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur,
une vie longue qu’une vie courte et ainsi de suite pour tout le reste,
mais que nous désirions et choisissions uniquement
ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés.

 




Toutes les choses sont créées pour l'homme pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.
D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont, pour lui, un obstacle à cette fin.


"Toutes les choses" et l'argent fait partie de ces choses. Je ne suis pas placé dans la situation où l'argent est mauvais et où je devrais avoir avec lui le moins de rapport possible. L'argent est "une des choses" et mon rapport avec lui n'est pas un rapport de face à face, fascinant, mais une relation inscrite dans le cadre de ma suite du Christ. Il y a trois et non deux termes moi, le Christ, l'argent.
Je crois que cette relation correspond à ce qui est dit dans l'évangile de Luc 16,9…
"Faites-vous des amis avec l'Argent trompeur, afin qu'au jour où il viendra à manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes éternelles. Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour l'Argent trompeur, qui vous confiera le vrai bien ?" 13. 
« Nul serviteur ne peut servir deux maîtres : ou il haïra l'un et aimera l'autre, ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent. »
 
Le cadre est placé : Non pas servir l'argent, mais se servir de l'argent.
 
Les trois groupes d'hommes
 
Et ça n'est pas facile car l'argent se positionne très vite en maître.
Il donne du pouvoir, il propose une logique du toujours plus,
et il est le lieu où se développe toujours un discours de réalisme pragmatique brocardant les idéaux.
J'aime beaucoup l'expression de l'Evangile : l'argent trompeur.

Je trouve très intéressant de voir que la méditation qui clôt la journée des deux étendards, qui ouvre dans les Exercices le temps de l'Election, soit celle des trois groupes d'hommes et qu'elle porte explicitement sur le rapport à l'argent.
Comme si mon rapport à l'argent était le lieu où se vérifie ma capacité de choisir Dieu.

[150] Le premier préambule est l'histoire. Celle des trois hommes : chacun d'eux a acquis dix mille ducats, mais non pas purement et comme il se doit pour l'amour de Dieu. Tous veulent se sauver et trouver dans la paix Dieu notre Seigneur, en écartant d'eux le fardeau et l'obstacle qu'est, pour cela, leur attachement à la chose acquise.
 
[153] Le premier homme voudrait bien écarter l'inclination qu'il a pour la chose acquise, afin de trouver dans la paix Dieu notre Seigneur et pouvoir se sauver ; mais il n'en prend pas les moyens jusqu'à l'heure de la mort.
 
[154]Le deuxième homme veut écarter l'inclination ; mais il veut l'écarter de telle façon qu'il garde la chose acquise, de sorte que Dieu en vienne là où il veut. Et il ne se décide pas à la laisser pour aller à Dieu, quand bien même cela devrait être meilleur pour lui.
 
[155] Le troisième homme veut écarter l’inclination, mais il veut l’écarter de telle manière qu’il n’est pas plus attaché à posséder la chose acquise qu’à ne pas la posséder. Ce qu’il veut uniquement, c’est vouloir la garder ou non, selon ce que Dieu notre Seigneur mettra en sa volonté et ce qui lui semblera meilleur à lui-même pour le service et la louange de sa divine Majesté. En attendant, il veut considérer qu’il renonce à tout dans son cœur, s’efforçant de ne vouloir ni cette chose ni aucune autre s’il n’y est pas poussé uniquement par le service de Dieu notre Seigneur. De sorte que le désir de pouvoir mieux servir Dieu notre Seigneur le pousse à prendre la chose ou à la laisser.
 
Là aussi la question n'est pas de renoncer à l'argent,
on n'est pas dans une logique de : "va vends tout ce que tu as, donne l'argent aux pauvres et suis-moi."
mais dans une logique qui consiste à vérifier si  l'argent est une aide pour atteindre la finalité qui doit être la mienne : louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme.
Si ce n'est pas le cas il faudra s'en séparer, s'en dégager.
Mon rapport à l'argent est un des lieux privilégiés d'exercice du discernement et de vérification de la justesse de mon rapport à Dieu.
 
Il l'est sans doute parce que l'argent devient très facilement un dieu
qui me soumet à ses exigences en concurrence avec le Dieu que je sers ;
il l'est également parce que l'argent est aussi un lieu important de mon rapport aux autres.
 
En 2009 dans le rapport de l'inspection générale des finances sur le microcrédit,
on pouvait lire : « En bâtissant la logique financière sur ce que produira pour la société chaque euro investi et non sur ce qu’il rapportera à l’investisseur, la Finance Solidaire se place dans une véritable logique alternative de financement de l’économie ».
 
Est-ce que l'argent est pour moi ou pour la société (dont je suis membre).
 

Quelques principes d'actions :

Premier principe : il faut prendre en compte le bien commun.

La solidarité, ce n'est pas la compassion … mais le travail pour le bien commun (Caritas in Veritate ).

Mettre son argent dans un coffre-fort n'est pas coopérer au bien commun (cf. parabole des talents).

« L'homme ne doit jamais tenir les choses qu'il possède légitimement comme n’appartenant qu'à lui,
mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui mais aussi aux autres
» (Gaudium et spes).
Il s'ensuit un devoir de la part des propriétaires de ne pas laisser improductifs les biens possédés,
mais de les destiner à l'activité productrice, notamment en les confiant à ceux qui ont le désir et les capacités de les faire fructifier.
 
 
Non à une économie de l’exclusion (la joie de l'Evangile)

53. De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. Voilà l’exclusion. On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette, quand il y a des personnes qui souffrent de la faim. C’est la disparité sociale. Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Comme conséquence de cette situation, de grandes masses de population se voient exclues et marginalisées : sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie. On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du “déchet” qui est même promue. Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion reste touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dan

s laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est dehors. Les exclus ne sont pas des ‘exploités’, mais des déchets, ‘des restes’.

Deuxième principe : l'homme est au centre de toute la vie économique (voir Caritas in veritate – CV).


Ce principe s'oppose à la logique actuelle qui fait de l'homme un agent de la vie économique :
agent de production ou agent de consommation.
Quand je demande seulement aux banquiers ce que va rapporter mon placement, et pas à quoi il va servir, je suis dans ce schéma.
 
Il est légitime de se constituer un patrimoine attitude prévoyante face à l'avenir
(jeunes couples, personnes plus âgées), mais quel est mon rapport à mon patrimoine?
 
Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent (La joie de l'Evangile)
55. Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et sur nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain !...
La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence

 grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation.
 
 

Troisième principe : la solidarité est un devoir (Caritas in Veritate)


Nous sommes dans une société de droit, on pourrait même dire de droits.
Et ces droits, nous les défendons : les fameux droits acquis.
Nombreux sont ceux qui sont tentés de prétendre ne rien devoir à personne, si ce n'est à eux-mêmes.
Ils ne s’estiment détenteurs que de droits et ils éprouvent souvent de grandes difficultés
à grandir dans la responsabilité à l'égard de leur développement personnel et de celui des autres.
Il est important de susciter une nouvelle réflexion sur le fait que
« les droits supposent des devoirs sans lesquelles ils deviennent arbitraires » (CV).
Nous avons le devoir de vérifier que la défense de nos droits ne va pas détruire ceux qui sont autour de nous.
Avoir en commun des devoirs réciproques mobilise plus que la seule revendication de droits.
 
L’argent doit servir et non pas gouverner !
Le Pape aime tout le monde, riches et pauvres, mais il a le devoir, au nom du Christ,
de rappeler que les riches doivent aider les pauvres, les respecter et les promouvoir.
Je vous exhorte à la solidarité désintéressée et à un retour de l’économie et de la finance à une éthique en faveur de l’être humain. (La Joie de l'Evangile)
 


Il est légitime de se constituer un patrimoine. Mais il faut savoir répondre à quatre questions.

Ø   Mon patrimoine est-il proportionné à ce qu'il doit m'assurer ?
Ø   Ma façon de me constituer mon patrimoine est-elle socialement responsable ?
Ø   Ma façon de me constituer mon patrimoine est-elle source d'appauvrissement ou d'enrichissement pour les autres ?
Ø   Ai-je besoin de la totalité des revenus de mon patrimoine ?
 


L'Ad Amorem
« Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et tout ce que je possède, Tu me l'as donné; à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi seulement de t'aimer et donne-moi ta grâce. C’est assez pour moi. »
 

Geneviève Genard
Geneviève Guenard,
Lourdes 2014


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