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Nos éleveurs sont à la peine

La crise agricole revient régulièrement à la une. Chacun a bien des solutions à proposer (ils n’ont qu’à faire du bio, vendre en direct aux consommateurs, faire du fromage…) Mais la crise est plus profonde. 
Pouvons-nous agir ?
Nadine Croizier nous livre son éclairage.


 
Chaque production : céréales, fruits, légumes, vins, lait,
viande… évolue dans un contexte spécifique. Par souci d’honnêteté
concernant mes connaissances, cet article se limite à la situation des éleveurs.

 
Le contexte général tous les journaux en parlent : libéralisation
des marchés d’où production européenne excédentaire, dans un
contexte de fermeture de marchés pour causes économiques (Chine) ou politique (Russie).

Du coup les éleveurs laitiers vendent des vaches plus vite pour ralentir
la production et le marché de la viande bovine se retrouve saturé,
dans un contexte de baisse de consommation, de maintien
d’importations importantes dans la restauration, et de réduction
des exportations au gré des évolutions de normes sanitaires d’un
pays à l’autre.

Conséquence : les prix de vente chutent et restent
durablement en dessous du prix de revient. Forcément, comme
pour toute entreprise, ce n’est pas tenable longtemps. Surtout quand
les trésoreries sont très basses, dues aux effets cumulés des déficits
fourragers en 2015, des versements tardifs des aides de la
Politique Agricole Commune (PAC) dus aux changements incessants
de logiciels de gestion, mais aussi parfois, comme dans tout type
d’entreprise, à cause d’erreurs de gestion.
 
Bref, pour de multiples raisons, ça va très mal économiquement.
L’ambiance professionnelle est difficile à vivre avec des collègues
qui quittent le métier et d’autres qui craquent (dépressions). Cela
interroge forcément même si, aujourd’hui, on est éleveur par
choix, goût et formation. 
 
Mais si le moral des éleveurs est à ce point entamé, c’est que le mal
est plus profond : ils ne supportent plus ni leur écart de vie avec le
reste de la société, ni les leçons que leur donne tout un chacun au
mépris de leurs compétences.
 
En ce qui concerne les écarts de vie, notez que, quand un éleveur
investit, c’est toujours pour gagner du temps, pour vivre
comme tout le monde (famille, vie sociale). Par ailleurs malgré
leurs multiples compétences, les éleveurs peinent à gagner le
SMIC, sans perspective d’évolution de leur rémunération et ne se
sentent pas respectés. Le manque de respect de leurs compétences
vous étonne ?

Prenons juste deux  « ils z’ont qu’à » et essayons de les éclairer un peu :

 
« Ils n’ont qu’à produire du bio » :
Tout d’abord le marché du bio est encore très minoritaire. Ensuite
produire du lait ou de la viande en bio suppose les mêmes charges
fixes (fermages, bâtiments équipés, matériel, charges sociales)
qu’en conventionnel, mais avec une baisse de production et une
fragilité plus grande (lors de sécheresses, l’achat de fourrages bio, moins courant, est plus cher).
 
Enfin l’écart de prix payé au producteur reste faible, de l’ordre de
0,15 cts de plus. Produire et valoriser sa production en bio est une
opportunité, mais cela suppose une solide étude préalable. La proportion
d’éleveurs en difficulté est la même en bio et en conventionnel.
 
« Ils n’ont qu’à tout vendre en local et ne plus aller sur les marchés mondiaux » :
Tout d’abord, soyons honnêtes et allons ouvrir la porte
de notre frigidaire ou rappelons-nous ce que nous avons mangé
ces derniers jours. Par ailleurs, en production de viande, à chaque
combinaison race-âge de l’animal type de muscle correspond un
marché différent. L’éleveur, lui, doit gérer un troupeau : il a donc
besoin de disposer de plusieurs débouchés commerciaux avec par
exemple quelques animaux très bien valorisés et des animaux plus
jeunes qui partiront à l’exportation.
 
Les premiers seront bien vendus mais auront coûté cher à
produire, les seconds seront moins bien vendus mais auront coûté
beaucoup moins cher. Tout estquestion d’équilibre !
 
Enfin, transformer et vendre soi-même suppose d’acquérir des
compétences supplémentaires, de consacrer au moins un temps plein
en plus du travail courant de la ferme, et d’investir pour vendre au
même niveau de qualité sanitaire que les artisans. Dans mon département
sur environ 3 000 fermes d’élevage, 700 pratiquent déjà
cette activité mais seulement une petite vingtaine d’éleveurs caprins
ne vivent que sur une commercialisation directe. En élevage, vente
directe suppose aussi vente en circuit long pour équilibrer le temps
de travail, la valorisation des types de parcelles et l’amortissement des équipements.

 

Que pouvons-nous faire ?
 

Déjà, leur faire confiance, redevenir modeste et cesser de croire
que nous savons mieux qu’eux.
Parler directement avec les éleveurs, pas pour leur faire passer
un examen, en se promenant, en se laissant inviter à une porte
ouverte sur une ferme, en achetant sur le marché…
 
Exercer un oeil critique sur ce que nous livrent les médias : des
photos parfois sans rapport avec le texte, choisies pour marquer
les esprits, des expériences alternatives vantées en omettant
la très faible rémunération du temps de travail…
 
Plutôt que des positions radicales, affinons nos demandes :
par exemple, si nous arrêtions de consommer de la viande
rouge, il n’y aurait plus de prairies en France.
Par contre, lors d’un achat, choisir un morceau
issu d’élevages français, de race à viande, favorise à coup sûr le
maintien d’élevage herbager.
 
Exiger des repas de qualité dans les maisons de retraite et les
restaurants d’entreprises avec des produits au moins français.
Savez-vous que l’approvisionnement local en viande et produits
laitiers, ne coûterait guère que 20 cts de plus ?
 
Les éleveurs ont des idées sur la crise économique qu’ils vivent.
Ils négocient avec leur environnement économique, comme tout
chef d’entreprise, et élaborent des propositions pour faire évoluer
leur contexte professionnel. C’est de leur ressort.
 
Pour leur moral et donc leur pérennité, notre qualité de relation
et nos orientations d’achat ne peuvent pas tout mais compteront beaucoup.
Nadine Croizier

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