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Spiritualité ignatienne - Revue N°41 - Mai 2016

Ignace et la vie trinitaire




La dévotion d’Ignace à la sainte Trinité a évolué au cours des années, comme le soulignent ses écrits. Passant d’un problème pratique : à qui adresser sa prière, à une contemplation de l’action trinitaire dans le monde. A son école à travers les Exercices spirituels, il est possible à notre tour d'entrer dans cette dynamique de la communion réciproque.


Le P. Pedro Arrupe, ancien Supérieur général de la Compagnie de
Jésus, donna en 1980 une conférence intitulée « l’inspiration trinitaire
du charisme ignatien ». Ce titre attirait justement l’attention
sur l’importance centrale qu’Ignace avait reconnue au mystère
de la Trinité.
 
Expériences de la Trinité dans le Récit et le Journal

 
Cette importance ressort d’abord d’un passage du
Récit qu’Ignace dicta, vers la fin de sa vie, à Louis Gonçalves
de Câmara. En 1522, le « pèlerin » avait gagné
Manrèse où il allait passer une année entière ; or,
dit-il, « il avait beaucoup de dévotion à la Très Sainte
Trinité1 ». Il s’interrogeait d’ailleurs : puisqu’il priait
chacune des trois Personnes divines séparément, et qu’il
priait aussi la Trinité elle-même, comment pouvait-il
faire ainsi quatre oraisons à la Trinité ? Mais cette pensée,
alors, ne lui paraissait que de faible importance.
Par contre, il eut un jour une vision qui le marqua profondément :
 
« Son entendement commença à s’élever, comme s’il voyait la Très
Sainte Trinité sous la figure de trois touches, et cela avec tant de
larmes et tant de sanglots qu’il ne pouvait se dominer […] Et après
le repas il ne pouvait s’arrêter de parler de la Très Sainte Trinité,
et cela à l’aide de comparaisons nombreuses et très diverses, avec
beaucoup de joie et de consolation. Si bien que pendant toute
sa vie est resté imprimé en lui le fait de sentir une grande dévotion
quand il fait oraison à la Très Sainte Trinité. »
 
Une quinzaine d’années plus tard, alors qu’Ignace était sur le point
d’arriver à Rome, il entra dans une chapelle au lieu dit La Storta, il
demanda à Dieu de pouvoir être « mis avec son Fils », et
il se reconnut pleinement exaucé :
« Il sentit un tel changement dans son âme et vit
si clairement que Dieu le Père le mettait avec le Christ
son Fils qu’il n’aurait pas l’audace de douter de cela,
à savoir que Dieu le Père le mettait avec son Fils3. »
 
À ces deux épisodes s’ajoute le précieux témoignage du
« Journal des motions intérieures ». Ce ‘Journal’ nous
est parvenu sous la forme de deux cahiers, écrits dans
la période du 2 février 1544 au 27 février 1545. Ignace
se posait alors la question suivante : les églises dépendant
des « maisons professes » de la Compagnie de Jésus pourrontelles
avoir des revenus, ou devront- elles consentir à une radicale
pauvreté ? Ignace décida dans ce dernier sens, par conformité
au Christ pauvre. Or les notes qu’il écrivit dans son ‘Journal’
montrent que la dévotion à la Trinité tint une place majeure
dans son discernement – et cela, d’ailleurs, de façon paradoxale.
e
 
En effet, il eut le désir de « voir » les Personnes divines, espérant
trouver ainsi une confirmation de sa décision ; mais il dut renoncer
à une telle représentation, et c’est à travers ce dépouillement
même qu’il reçut la confirmation espérée. À la faveur de cette
même expérience il s’ouvrit au mystère de la « circumincession »,
en découvrant que la prière adressée à l’une de Personnes divines
s’adressait en fait à la Trinité tout entière4.

 
Les trois Personnes dans les Exercices spirituels
 
On comprend dès lors que les Exercices spirituels, si fortement marqués
par l’expérience d’Ignace, fassent eux-mêmes référence
au mystère de la Trinité. Cela se vérifie avant tout à travers la
contemplation sur l’Incarnation. Le premier préambule de cette
contemplation est ainsi formulé : « Me rappeler l’histoire de ce que
j’ai à contempler ; c’est, ici, comment les trois Personnes divines
regardaient toute l’étendue ou la circonférence du monde entier,
pleine d’hommes, et comment, en voyant qu’ils descendaient tous en
enfer, elles décident en leur éternité que la deuxième Personne se
ferait homme pour sauver le genre humain5. »
 
Le retraitant est ensuite invité à « voir et considérer les trois
Personnes », à « entendre » ce qu’elles disent, et à « regarder »
Trinité des grandes heures de Anne de Bretagne
ce qu’elles font ; enfin, il doit faire un « colloque » en pensant
à ce qu’il doit dire « aux trois Personnes divines » (ou encore
« au Verbe incarné, ou à la Mère et Notre Dame »)6. Certes, il n’y a pas
trois dieux ! Mais le Dieu unique ne s’en révèle pas moins comme
Père, comme Fils et comme Esprit, et c’est bien cette révélation
qu’Ignace a en vue lorsqu’il invite à regarder le moment de
l’Incarnation – moment où l’une des trois Personnes divines vient
demeurer parmi nous. Ignace relève en outre la finalité de cette
Incarnation, tout entière ordonnée au salut de l’être humain : de
même que Dieu avait dit « Faisons l’homme à notre image », de
même les trois Personnes divines disent « Faisons la rédemption
du genre humain ».
La Trinité est tournée vers l’histoire, elle veut
le bien de l’humanité, elle oeuvre pour son salut.
 
En outre, on relève dans les Exercices un écho de la vision d’Ignace
à La Storta : la méditation des « deux étendards » invite à être
aux côtés du Christ, et s’achève par un « colloque » où le retraitant,
après avoir invoqué la Vierge Marie, s’adresse au Fils, puis au
Père. Certes il n’est pas ici question de l’Esprit, mais celui-ci est
toujours présupposé, à travers cette méditation comme dans
l’ensemble des Exercices ; car c’est dans l’Esprit que le retraitant prie
le Fils et, par le Fils, se trouve mis en relation avec le Père. Enfin, au
terme des Exercices, on lit dans la « contemplation pour parvenir à
l’amour » :
« Regarder comment tous les biens et tous les dons descendent d’en
haut. Par exemple, comment ma puissance limitée descend de celle,
suprême et infinie, d’en haut ; et de même la justice, la bonté, la
compassion, la miséricorde, etc. ; comme du soleil descendent les
rayons, de la source les eaux, etc.7. »
 
La référence trinitaire apparaît, bien que de manière implicite, à
travers ces derniers mots. Ignace reprend en effet, ici, des images
qui avaient été utilisées par des Pères de l’Église pour suggérer le
mystère de la Trinité ; ainsi Tertullien avait-il écrit au début du 3e siècle :
 
« Le troisième est l’Esprit qui procède de Dieu et du Fils, de même
que le troisième par rapport à la racine est le fruit sorti de l’arbre,
que le troisième par rapport à la source est le ruisseau qui sort du
fleuve, et que le troisième par rapport au soleil est la lumière qui
sort du rayon. Aucun d’eux cependant n’est étranger au principe dont il tire ses propriétés8. »

 
Portée pratique de la mystique ignatienne

 
Les lignes qui précèdent disent déjà la portée de l’expérience
transmise par Ignace : le retraitant est appelé, non seulement
à adresser des prières aux Personnes divines, mais à considérer
le monde à la lumière de la Trinité – plus exactement, à
contempler la Trinité présente à ce monde comme Trinité créatrice
et rédemptrice. Or il faut ajouter que la contemplation du mystère
trinitaire, chez Ignace, oriente elle-même vers le service de Dieu
au coeur de l’histoire. Si la deuxième Personne a pris chair en
notre humanité, c’est pour que les disciples de Jésus, libérés du péché,
naissent à la vie de l’Esprit et puissent ainsi oeuvrer dans l’histoire
« pour une plus grande gloire de Dieu ».

Cet engagement pour le Royaume passe certes par toutes
sortes de tâches dans la société et le monde. Mais ces tâches, quelle
que soit leur diversité, doivent être accomplies dans l’amour qui,
comme le dit Ignace, « consiste en une communication réciproque » :
aimer, c’est donner ce que l’on a, c’est se donner à autrui, et c’est
ainsi participer à l’échange de la vie intratrinitaire puisque « Dieu
est amour » et que l’amour divin s’exprime précisément à travers le
don mutuel du Père, du Fils et de l’Esprit – cela au bénéfice même
de notre monde que Dieu désire combler de sa propre vie.
 
Michel Fédou s.j.

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