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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°30 - Juillet 2014

Ignace, pauvre pèlerin

Ignace, pauvre pèlerin
 
Ignace se nomme lui même, le pelerin. Même à la fin de sa vie, ne bougeant pas de son bureau de Rome, il signe encore, le pèlerin. Son identité est marquée par ce mot, audelà des périples qu’il ne fait plus. Qu’a-t-il découvert sur lui et sur Dieu à travers cette expression ? Paul Legavre s.j. nous aide à suivre son chemin.


 
La lettre la plus ancienne qui ait été conservée d’Ignace s’achève par ses termes : « Le pauvre pèlerin ». C’est en 1524 et Ignace écrit depuis Barcelone à Inès Pascual, une sainte femme qui a pris soin de lui quelques mois plus tôt à Manresa, après son retour de Terre sainte. Trente ans plus tard, c’est sous ce même vocable de « Pèlerin » qu’Ignace parlera de lui dans le Récit. Tel est le chemin qui s’est ouvert pour Inigo et qu’il nous invite à parcourir avec lui.
Naissance d’un pèlerin
C’est à la demande pressante de ses proches qu’Ignace consent à raconter les commencements de sa vocation. Le Récit qu’il livre couvre les années 1521-1538, jusqu’à l’arrivée à Rome des premiers compagnons. Il nous fait entendre que sa vie a été un pèlerinage. Pas seulement une itinérance pendant une quinzaine d’années, jusqu’à Rome. Voilà le sens majeur que revêt sa vie : Il a été et il demeure un pèlerin. Tel est « le chemin par lequel le Seigneur l’a dirigé depuis les premiers jours de sa conversion » (Préface du Père Nadal). Dans le court texte du Récit, Ignace se présente comme « le pèlerin » pas moins de soixante-quinze fois !
Quand, convalescent dans la maison familiale de Loyola, il pense à « aller nu-pieds à Jérusalem, à ne manger que des herbes, à faire toutes les autres austérités qu'il voyait avoir été faites par les saints, non seulement il était consolé quand il se trouvait dans de telles pensées, mais encore, après les avoir laissées, il restait content et allègre. » Le désir de faire des exploits pour Dieu, nés de ses lectures, alterne, nous le savons, avec le désir d’exploits mondains pour sa Dame. Nous savons aussi que ces dernières pensées, si elles sollicitent puissamment son affectivité, le laissent finalement « sec et mécontent ». La pesée de cette différence sera décisive. L’étonnement qui en résulte va le conduire à un changement radical, confirmé par la vision de Notre Dame et de son Fils. La mise en mouvement qui s’opère le constitue comme pèlerin. Parler d’Ignace pèlerin n’est donc pas une simple métaphore : le désir d’aller à Jérusalem est le lieu de sa conversion. Ce projet le met en mouvement pendant plusieurs années. Ajoutons immédiatement que le pèlerinage ne s’arrêtera pas à la Terre sainte. A son retour, il continue de se considérer comme un pèlerin. Telle est désormais son identité, ou plutôt sa vocation : chercher et trouver Dieu sur le chemin.
Le chemin d’Ignace
Le chemin vécu par le Pèlerin est d’abord le passage de l’extérieur vers l’intérieur. La grande volonté qu’a Inigo de suivre le Seigneur et l’égalité d’âme et d’allégresse qu’il vit les premiers mois s’accompagne, selon lui, d’une grande méconnaissance des choses intérieures. On peut être « un cœur généreux et enflammé de Dieu » et être dans l’extériorité d’un héroïsme pour Dieu ! A Manresa en Catalogne, où il s’arrête près d’un an, les grandes alternances de mouvements intérieurs et la crise spirituelle profonde qu’il traverse font de lui un homme tourné vers l’intérieur, référé à son Seigneur, vivant désormais de la lumière et de la joie qui viennent de Dieu. Son désir de sainteté s’est converti en dépendance radicale à Dieu et à sa douce volonté. Il s’incarne dans le mode de vie du pèlerin : seul et à pied, en mendiant toujours son pain, il parcourt l’Europe en s’abandonnant à Dieu. Plus tard, il voudra que les jésuites vivent une vraie pauvreté dans leurs maisons et se déplacent « à l’apostolique », dans le même esprit d’une confiance totale en Dieu, comme les disciples envoyés deux par deux par le Christ.
Le chemin d’Ignace est ensuite le passage de la seule dévotion au désir d’aider les âmes. Quand enfin parvenu à Jérusalem, il envisage l’avenir, «il avait le ferme propos de rester à Jérusalem en visitant constamment ces Lieux Saints ; et il avait aussi le propos, en plus de cette dévotion, d'aider les âmes ». Ne pouvant demeurer à Jérusalem du fait de l’opposition des Franciscains, il rentre en Europe. Il ne cesse de s’interroger : que faire ? « A la fin, il inclinait davantage à étudier quelque temps pour pouvoir aider les âmes et décidait d'aller à Barcelone. » La vocation du Pèlerin a enfin trouvé sa visée et son but : aider les âmes. Les études elles-mêmes seront comme des étapes sur son chemin – un pèlerinage intérieur pour arriver à vraiment étudier, de Barcelone à Alcala, de Salamanque à Paris. Tout comme dans la contemplation d’une scène évangélique, la composition de lieu se fait intérieure, le fruit de tout pèlerinage sera « la connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin de l’aimer et le suivre davantage ».
Pourtant les premiers compagnons regardent encore vers Jérusalem : « aller à Venise et à Jérusalem et dépenser leur vie pour être utiles aux âmes, et, si la permission ne leur était pas donnée de rester à Jérusalem, retourner à Rome et se présenter au Vicaire du Christ pour qu'il les emploie là où il jugerait que ce serait davantage à la gloire de Dieu et plus utile pour les âmes. »  Et même après que les circonstances les aient conduits à renoncer au vœu qu’ils ont fait, Jérusalem, symbole de tout pèlerinage, demeurera un horizon indépassable. Alors que la fièvre le terrasse aux portes de la Chine, saint François-Xavier évoque, dans l’une de ses toutes dernières lettres à Ignace, la possibilité de rejoindre ce dernier à Jérusalem, par la route de l’intérieur des terres dont il a entendu parler. La Compagnie est pèlerinage.
Inigo, passionnément pèlerin, spirituellement pèlerin, est devenu « Maitre Ignace » au terme de ses études, et à Rome on appelle « Père ». En son cœur, il demeure le Pèlerin. Depuis Rome où il va demeurer jusqu’à la fin de ses jours, il met en mouvement la Compagnie naissante pour annoncer partout l’Evangile, jusqu’aux confins du monde.
Paul Legavre s.j.
 
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