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Spiritualité ignatienne - Revue N°38 - Novembre 2015

Grace de la Miséricorde dans la Bible et les Exercices Spirituels

Alors que le pape François a décidé d’ouvrir une année sainte de la miséricorde le 8 décembre 2015, pour aider l’Église à être témoin de la miséricorde, Pierre Gibert s.j. commente pour nous la présence de cette grâce dans la Bible et dans les Exercices spirituels.

On a toute raison de s’attendre dans la Bible à un emploi courant
du terme même de miséricorde, bien qu’il puisse présenter
une difficulté de signification.
En effet, il est souvent utilisé en place d’autres mots tels ceux de
« grâce », de « pardon », de « pitié », accolés à différents verbes :
« faire grâce », « accorder le pardon » ou le demander, « avoir pitié
», « implorer la pitié », etc.
Or, pour proches et même synonymes que soient ces différents termes,
ils gardent de significatives différences dans leurs proches nuances.
Il n’est que de fréquenter plusieurs traductions de la Bible, soit à partir
de l’hébreu, soit à partir du grec, pour se rendre compte que
dans les multiples langues de traduction, le terme de « miséricorde » paraît flottant.
N’étant ni grec ni hébreu dans ses origines, mais latin, il surgit en différents
contextes, au gré des choix de traducteurs, sans renvoyer à un seul
et même terme d’origine.bon samaritain
 
Autrement dit, par rapport à l’usage de ce terme, chaque lecteur
de la Bible doit jouer aujourd’hui d’une certaine nébuleuse
de sens qui font recouvrir les uns par les autres différents
termes plus ou moins apparentés, tantôt utilisés de façon précise,
tantôt recoupés, précisés ou complétés par d’autres.
 
une richesse de sens
 
Pourtant, ce jeu de termes, avec les risques d’imprécision que certains
regretteront, dit aussi la richesse de leurs significations dans
une sorte de convergence où se jouent la grâce de Dieu, la réconciliation
de l’homme, et en définitive le jeu même de l’amour divin
comme celui de tout être humain.
 
Dans cette complexité, retrouver le terme et l’idée dans des oeuvres
que la Bible a directement inspirées, permet souvent de saisir une
féconde ou forte intelligence du terme.
Ainsi, les Exercices spirituels 
de saint Ignace, offrent ici
une voie qui n’est pas que de rapprochement plus ou moins hasardeux.
Car il y a de fortes raisons pour faire se rejoindre ici la thématique
biblique de la miséricorde et sa pratique dans l’itinéraire proposé
à celui qui doit « se vaincre soi-même et ordonner sa vie sans
se décider par aucun attachement qui soit désordonné. » (E.S. 21).
 
Quatre passages de miséricorde dans les Exercices
 
Pour cela, il n’est que de commencer par relever les lieux où, selon
la version latine, se retrouve la misericordia, par une voie pédagogique
qui ne propose d’abord que quatre lieux.
 
C’est en premier lieu dans les « Annotations » qui ouvrent le
livret des Exercices qu’il est fait allusion aux « oeuvres de miséricorde»,
et dans un contexte 
significatif. En effet, la pédagogie
mise en jeu par celui qui donne les Exercices, suppose qu’il soit tenu
compte des dispositions et surtout des moyens d’intelligence du
retraitant. Ainsi, « aux gens rudes ou sans culture », on pourra se
contenter de parler des fondamentaux de l’expérience chrétienne,
cette suite des « commandements, péchés capitaux, commandements
de l’Église, cinq sens », qui se clôt sur le concret des « oeuvres de
miséricorde », autrement dit sur l’exercice concret de la charité (cf. E.S. 18b).

Ainsi le « rude » et 
« sans culture », aussi rude et sans culture soit-il, se voit en quelque
sorte reconnu et respecté comme capable « de miséricorde » par le
concret d’« oeuvres » qu’il peut et doit accomplir dans le réalisme de
son action.
 
Le deuxième emploi se trouve dès le « second exercice » de la
« première semaine », soit dans ce moment crucial et délicat de la
prise en compte par le retraitant de son péché et corrélativement
de la grâce qui lui a été accordée par « toute la série des créatures »
qui n’ont pas tenu compte de ce péché. Aussi lui est-il suggéré de
« terminer par un colloque sur la miséricorde » qui le fait s’entretenir
« avec Dieu notre Seigneur » et rendre grâces « de ce qu’il [lui]
a donné de vie jusqu’à présent » (E.S. 61).
 
En troisième lieu, dans le prolongement du second exercice,
c’est encore en colloque, celui du « cinquième exercice », qu’il doit
« rendre grâces » au Christ « de ce qu’il ne [l’]a laissé tomber en
aucun des groupes d’âmes qui ont mérité l’enfer », mais « de ce que
jusqu’à présent, il a toujours eu pour [lui] tant de tendresse et de
miséricorde. » (E.S. 71).
 
La dernière mention se trouve significativement dans l’ultime
« contemplation » des Exercices, celle « pour obtenir l’amour »
(E. S. 230), où, dans le quatrième et dernier point, le retraitant
est invité à « regarder comment tous les biens et tous les dons
descendent d’en haut ; comme ma puissance limitée, de la puissance
souveraine et infinie d’en haut ; et aussi la justice, la bonté, la tendresse,
la miséricorde, etc. ; comme du soleil descendent les rayons, de la source les eaux, etc. » (E.S.237)
.
Même si ces évocations ne sont pas explicitement bibliques ou
évangéliques, elles n’en appartiennent pas moins à un contexte
de prière et de réflexion qui ne cesse de renvoyer aux grandes
figures bibliques (notamment de la création et du péché), et surtout à
l’itinéraire de l’Évangile et donc de la familiarité du retraitant avec le
Christ tant dans la suite de sa vie publique que dans celle de sa Passion.
 
Dans cette perspective, les évocations de la miséricorde dans
les Exercices que nous venons de rappeler, doivent être entendues à
la fois dans leurs résonnances bibliques et évangéliques autant que
dans des significations immédiates où se jouent les effets de différents
sentiments et de différentes réactions au service d’autrui.
 
De ce fait, le sens du mot comme le concret de sa pratique ne prête
à aucune ambiguïté : que la miséricorde soit oeuvre divine ou pratique
humaine, elle appartient à cet ordre de la foi, de l’espérance
et de l’amour qui émane de Dieu, qui a sa réalisation concrète dans
l’appel de l’homme à Dieu dans son besoin de pardon et de pitié,
comme il la trouve à sa manière dans les actes mêmes de tout
homme à l’égard de son prochain. 
 
En ce sens, on peut retrouver dans la dynamique des Exercices
ce que nous révèlent l’enseignement et l’itinéraire même
du Christ : pratiquant la miséricorde dans la rencontre de ses
frères humains sur les chemins de la Galilée, dans sa pitié pour
les malades, les possédés et les infirmes, il ne pourra qu’en
faire un principe de reconnaissance comme il l’évoque dans la
suite des Béatitudes :
« Heureux 
les miséricordieux : il leur sera fait miséricorde » (Matthieu 5,7).
 
Naturellement, étant donné l’itinéraire des Exercices selon l’institution de l’Eucharistie,
selon la Passion et les apparitions du Ressuscité, la contemplation se nourrira
de ce que tout cela implique de miséricorde, que ce soit à l’égard des
apôtres, de Pierre en particulier, à l’égard des femmes croisées sur le
chemin du Golgotha, à l’égard des bourreaux pour lesquels le Christ
mourant assure le pardon du Père, tous gestes, attitudes et paroles
qui dans leurs différences et leurs nuances résonnent sur un même
fond, celui de la miséricorde.
 
Contempler ainsi les mystères de la vie du Christ, s’identifier à tel
personnage, du petit pauvre à la crèche au centurion reconnaissant
le « fils de Dieu », c’est selon les Exercices se couler dans l’itinéraire
des évangiles et faire se rejoindre dans l’esprit et la vie de chacun sa
propre expérience avec l’enseignement du texte biblique.
 
Dans la logique de la recherche de la volonté de Dieu par le retraitant
faisant les Exercices, que peut-il y avoir de différent avec
l’appel que le Christ a initié en sollicitant ses apôtres, en les invitant
à le suivre, selon l’accomplissement des Écritures dont il avait fait son programme ?
Pierre Gibert s.j.

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