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Ecole de prière - Revue N°46 - Mars 2017

Dieu nous prie le premier

 
Quand se fait jour en nous l’envie ou la décision de prier, nous
parlons peut-être ainsi : il s’agit de « donner une place à Dieu
dans notre vie »… il s’agit de « Le rencontrer », voire de « Le
rejoindre »… Nous cherchons à aller… au-devant de Dieu pour
l’approcher davantage, pour…l’obtenir !
 
Dans quelle direction nous déplaçons-nous ainsi ?
Où est ce Dieu que nous serions contraints d’aller chercher ?
Pendant que se manifeste ainsi notre quête d’hommes et de
femmes (qu’on appelle « chercheurs » de Dieu…), Dieu EST.
Il est… où ?
 
Dieu respire non dans les nuages du ciel, mais dans le souffle humain
de la terre. De notre terre. Dieu est tout près de l’humanité : DANS l’humanité.
 
Que fait Dieu ?
Dieu « parle ».
Son « verbe », sa « Parole » a pris corps en l’homme Jésus. Cette
Parole incarnée travaille incessamment notre terreau humain.
 
Où parle-t-Il ?
Dans les innombrables expressions de vie, d’élan,
de bonté des êtres qui nous entourent. Dans les multiples
démarches de justice, d’accueil des humains entre eux.
Là, Dieu PARLE, depuis qu’il a souverainement parlé par, à travers toute
la vie humaine du Christ. Les croyants rassemblés en Église se
réunissent avant tout pour entendre cela…
« Ô Seigneur, je viens vers Toi, je Te cherche, mon Dieu ! »
Si ce mouvement d’appel de l’être humain vers Dieu est mouvement naturel,
instinctif (exprimant le « besoin religieux »), il n’est pas pour
autant le mouvement d’origine de la prière de foi. Si nous pensons
être les premiers à adresser la parole à Dieu (et… Il n’a qu’à
répondre !), nous ne sommes pas en fait dans les réalités d’une foi
chrétienne, d’une foi en Christ.
 
Ne nous étonnons pas, alors, de cette impression de parler dans le
vide : nous avons raison de nous plaindre d’une non réponse…
Dieu nous parle… Et quand nous consentons à lui parler, parce que
Lui nous y convie, ce que nous disons est toujours une réponse.
Le plus violent de nos cris est toujours une réponse à une parole
première, venant de notre Engendreur aimant.
Dieu a foi en l’homme avant que l’homme se
détermine à lui donner sa foi.
 
Quand nous nous adressons au Dieu de Jésus-Christ « Parole faite
chair » (Jean 1,24), nous ne lui parlons jamais à partir de rien :
mais à partir de Lui, ce Dieu habitant tout ce que nous sommes. Il
est le mouvement, le « souffle » de nos paroles vers Lui, même quand
nous nous en croyons l’origine !
Il est la possibilité de nos appels et de nos mots…
 
Dieu appelle
Tout, en nous, lui sert de lieu d’appel :
 
- notre vie de rencontre avec les autres, ses accueils, ses conflits, ses interrogations, ses bonheurs…
- notre vie d’action, et ses lassitudes, et son dynamisme…
- notre vie affective personnelle, notre vie intellectuelle, notre vie physiologique, et leurs bouleversements, leurs découvertes…
La vie de tous les hommes, femmes, enfants de la terre…
 
Prier c’est répondre
Car Dieu prie l’homme. Avec la ténacité douce d’un amour. Avec
la tendresse et l’admirable ajustement à la réalité que seul l’amour
vrai connaît et fait connaître. Dieu sans cesse demande : « Veux-tu? »
 
Notre liberté n’est pas petite !
- Il nous est possible de laisser son appel sans réponse, faute
de prendre les moyens suffisants pour écouter… jusqu’à
entendre. C’est là qu’effectivement nous risquons de parler dans le vide.
 
- Il nous est possible de nier cet appel parce que secrètement
nous lui préférons l’expression de nos mots à nous, qui font les
demandes et les réponses. C’est plus rassurant de « maîtriser » ainsi les choses.
 
- Il nous est possible de nous détourner de cet appel ou de
retarder le moment de l’écouter, par peur de l’inconnu, de l’inattendu.
 
Et, en fait, nous nous détournons d’une vraie réalisation profonde de nous-mêmes.
 
- Il nous est possible de nous ouvrir à ce Dieu qui nous prie… De
consentir à Le laisser Lui-même nous ouvrir, en optant pour une
confiance aimante plus vigoureuse que nos craintes.
 
Parle Seigneur, ton serviteur écoute
(1 Samuel 3,10)

 
Le petit garçon Samuel a su répéter ces mots si ajustés grâce à
l’accompagnement reçu du vieil Éli. Alors Dieu lui a « parlé », au
coeur du silence nocturne. Et c’est la vie de Samuel qui, à partir de
là, s’est « ordonnée » en réponse heureuse. Il a reçu un chemin de
liberté pour toute son existence.
Il a reçu un sens…
 
Marthe accompagne ainsi le désarroi de sa soeur Marie, au moment
de la mort de leur frère : « Le Maître est là : Il t’appelle. »
(Jean 11,28). Et Marie répond, quittant son lieu de tristesse…
 
Des anonymes disent à Bartimée : « Confiance ! Lève-toi. Il t’appelle.» (Marc 10,49).
Et l’aveugle répond en jetant son manteau protecteur, et en bondissant dans
le noir vers… un autre que lui…
 
Marie-Claire Berthelin
Soeur de La Retraite
 
« Béni soit Dieu, qui entend la voix de ma prière ! »
chante spontanément  le psaume 27
 
                                                                              SI ON INVERSAIT ?
« Béni soit l'être humain qui entend la voix de la prière de son Dieu ! »

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