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« Vivre, c’est s’ouvrir à l’imprévu »

« Vivre, c’est s’ouvrir à l’imprévu »

Nous préférons ce que nous connaissons. La stabilité rassure. Or, elle peut être
signe de mort, s’amuse Jean-Baptiste Hibon, psychosociologue, qui milite pour
la richesse de l’imprévu, signe de vie. Faire face aux changements implique des
processus psychologiques qu’il nous aide à décrypter. De quoi mieux répondre à
l’appel du Christ de le suivre.

 
En général on aime prévoir et que tout se déroule comme prévu.
Or 
il y a très souvent des imprévus. Ils peuvent beaucoup déstabiliser.
Pourquoi ?
 
Jean-Baptiste Hibon : Le changement fait peur. Le non-changement
rassure, on connaît la situation. Or, comme nous avons besoin
de sécurité, nous préférons ce que nous connaissons. Cette peur de ne
pas savoir ce qui va se passer renvoie à la peur ultime : celle de la
mort. Nous ne la connaissons pas.
Dans mon enfance, étant handicapé, mon père avait toujours peur
quand je marchais ou quand je faisais quelque chose de nouveau.
Il avait peur que je me fasse mal, il avait envie de me garder en sécurité.
Or vivre, c’est risquer, prendre un risque, c’est s’ouvrir à l’imprévu.
Nous sommes en permanence confrontés à la peur de ce qui
pourrait arriver. Dans nos vies, comme dans le monde autour de
nous.
Surtout avec ce qui semble être l’accélération du monde, des
informations. Nous sommes tenus informés des accidents, des
guerres survenant à l’autre bout de la planète. La peur grandit.
Nous voulons tout sécuriser, pour cela nous normons tout ce que
nous faisons. Or, la normalisation de la nature augmente les peurs
face à ce qui pourrait arriver.
La peur du changement révèle un paradoxe que j’aime, le paradoxe
de la vie. Vivre, c’est prendre un risque ; lorsque rien ne bouge, rien
ne change, nous sommes dans la mort. Lorsque nous connaissons ce
qui est, ce qui existe, nous sommes sans doute rassurés mais c’est aussi
que rien ne bouge. N’est-ce pas aussi ce qui se passe avec la mort ?
Tout est immobile.
À l’opposé, ce qui va advenir n’est pas connu. Cela fait peur, mais c’est aussi la vie.
 
La vie, c’est le changement  dites-vous, mais faire face à ces
changements requiert d’abandonner ce qui était.
Comment 
est-ce possible ?
 
J.-B. H. : Face à un divorce, un déménagement, une maladie… à
tous ces changements imprévus, non-choisis, il me semble nécessaire
de faire son deuil de ce qui était, de ce que l’on avait prévu.
Pour y arriver, il faut passer par cinq phases, les cinq étapes du
processus du deuil, définis par la psychiatre et psychologue helvético-
américaine, Elisabeth Kûbler-Ross.

Ce sont cinq phases primordiales pour réussir à rebondir :
Premièrement, on refuse. « Ce n’est pas possible, il y a sûrement
une erreur ». Puis, monte la colère. « Pourquoi moi ? Qu’est-ce
que j’ai fait ? Ce n’est pas juste ». Ensuite, on cherche à négocier,
à marchander. « Avec plus de temps ce serait possible… ».
Après s’installe la dépression. « Je ne veux pas, je n’y arriverai
jamais, c’est trop difficile ». Et en dernier vient l’acceptation. « J’y
vais maintenant, je suis prêt ».
 
Ces cinq phases sont humaines, naturelles. Il faut y passer.
Parfois, une personne reste enracinée à l’une des étapes sans
pouvoir passer à la suivante. La personne refuse le changement,
la transformation de la situation.
Il faut alors qu’elle puisse être accompagnée pour pouvoir
rejoindre la situation réelle.


Au niveau d’une société, ces blocages,
ces refus du changement
peuvent-ils aussi exister ?
 
J.-B. H. : « C’était mieux avant, on avait plus de pouvoir d’achat, c’était plus facile ».
On entend beaucoup ces plaintes dans notre société.
Cette nostalgie peut venir d’un déni que la crise implique des changements.
Même le budget de la France reflète ce déni des changements.
Les rectifications du budget ne sont-elles pas permanentes ?
Comme si on s’adaptait après coup et non comme si on
avait changé de perspective car la situation, n’étant plus la même,
nécessite de la nouveauté.

 
En quoi ces processus de changement
rejoignent-ils, selon vous, le
message du Christ ?
 
J.-B. H. : Tout au long des Évangiles, le Christ ne fait que nous
inviter au changement. Pas seulement à abandonner notre vie entre
ses mains, mais aussi à préparer, organiser, dire notre désir… pour
ne pas rester enracinés dans ce qui est prévu.
La traduction de André Chouraqui des Béatitudes est pour
cela très parlant pour moi. Il traduit ‘ Heureux ‘ par ‘ en marche,
en avant, allez plus loin ‘.
Ce qui donne par exemple : « En marche, les endeuillés ! Oui, ils seront réconfortés ! ».
Cela souligne bien que le Christ ne nous invite pas à
accepter la situation présente.
Et pour moi, avec mon handicap, marcher, mettre un pied devant l’autre,
cet appel retentit fort. Marcher, c’est vraiment s’ouvrir concrètement à l’imprévu.
Lorsque je vais poser le pas suivant, il y a plus de risque que je
tombe que si je reste immobile.
Mais c’est un risque mesuré que je prends, qui m’ouvre à l’inconnu.
 
Dans la fin de l’Évangile de Jean, Jésus dit à Pierre : « Quand tu étais
jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ;
quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre
qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais
pas aller. »
Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort
Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : “ Suis-moi. ” ».
(Jean 21, 18‑19).
Cela peut faire peur, mais c’est une formidable invitation au changement.
Quand nous sommes jeunes, enfants, nous apprenons l’autonomie, à
nous habiller tout seul, à mettre notre ceinture…
nous nous croyons rapidement indépendants.
Mais en fait personne ne l’est vraiment (Rires).
En devenant adulte, c’est un autre qui appelle au changement.
Nous n’avons pas envie d’y aller.
Et pourtant c’est Jésus qui nous invite à ce changement,
qui d’après moi, n’est rien d’autre que de le suivre.
 
Propos recueillis par
Marie-Gaëlle Guillet
Jean-Baptiste Hibon, psychosociologue et conférencier professionnel.
Son travail s’appuie sur l’expérience de son handicap (infirmité motrice
cérébrale) et sur la richesse du facteur humain comme source
de développement et d’équilibre dans les entreprises.
 
Retrouvez ses interviews sur jean-baptiste- hibon.com
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